Il est des romans dont la musique précède les mots, comme une note suspendue avant qu’un récit ne s’ouvre. Ksénia, de Jean-Louis Backès, appartient à cette catégorie (hélas) assez rare : celle des livres qui s’avancent en demi-teinte, portés par un mystère, un secret qui n’a besoin d’aucun éclat pour s’imposer.
Nous sommes à Saint-Pétersbourg, au printemps 1909. Lors d’un concert donné chez la princesse Maria Alexandrovna, une jeune femme s’évanouit en entendant un altiste français. L’épisode, presque anecdotique, devient sous la plume de Jean-Louis Backès la matrice d’un roman d’une grande subtilité, où la musique se fait symptôme, langage et révélation.
Ce n’est pas tant l’événement que le trouble qu’il réveille qui importe. Ksénia Mikhaïlovna Sadovskaïa, femme sensible, soudain touchée par une vibration d’alto, incarne cette fragilité que seule la beauté met à nu. Le jeune musicien Alexandre de Porcayragues, venu de France pour rejoindre l’orchestre du théâtre Mariinski, se voit bientôt entraîné dans un lien singulier : le médecin de Ksénia, impuissant à expliquer son malaise, lui demande de rejouer pour sa patiente – comme si l’art, seul, pouvait accéder à la zone obscure où la raison s’arrête. De ce geste naît une relation qui, à travers lettres, réminiscences et silences, bouleversera le destin des deux personnages.
Le roman se déploie dans la rumeur feutrée des salons, alternant dialogues et correspondances. Les lettres échangées entre Alexandre et sa sœur Hélène, restée en France, forment un contrepoint délicat à l’histoire principale : elles ouvrent la narration, l’aèrent, la déplacent vers d’autres voix, d’autres sensibilités. C’est là qu’apparaît l’originalité de Jean-Louis Backès : dans ce croisement constant des regards, cette pluralité de points de vue qui refuse la psychologie explicative autant que le discours idéologique – ce qui n’empêche pas d’évoquer malicieusement (en passant) les écarts de sensibilité, de Weltanschauung entre la slavitude russe et l’ennuyeuse rigueur germanique. À rebours d’une littérature saturée de discours identitaires ou de complaisances psychologisantes, Ksénia nous ramène à ce que le roman a de plus pur : une écoute du monde, une attention à la vibration intérieure des êtres, à ces traits saillants du caractère d’un peuple qu’un Elie Faure avait délicieusement portraiturés dans Découverte de l’archipel.
Fidèle à son goût pour la culture russe – dont il est l’un des plus fins connaisseurs et traducteurs
-, Jean-Louis Backès restitue ici l’atmosphère d’un monde finissant : celui d’avant la Révolution, où la beauté et la musique demeuraient les derniers refuges de l’âme. Mais derrière la reconstitution historique se déploie une méditation plus vaste sur la mémoire, la correspondance des arts et le pouvoir de la grâce.
Roman de la résonance plus que d’action, Ksénia se lit comme on écouterait un adagio : lentement, dans la durée consentie, avec cette attention aux nuances qui est la marque des vrais écrivains. Par sa construction polyphonique, sa pudeur et son refus du pathos contemporain, Jean-Louis Backès après Les Tchoudaks (paru en 2024 chez le même éditeur) offre un livre d’une rare élégance, à la fois hors du temps et en résistance silencieuse à l’époque. Merci à Philippe Giraudon et Jean-Yves Masson des éditions de la Coopérative de nous proposer un livre qui se démarque de tous les romans calibrés, préformatés de la rentrée.
Avec la parution de Journées 1945-1971, les éditions du Bruit du temps livrent au lecteur francophone l’achèvement d’une entreprise exceptionnelle : la traduction intégrale du journal de Georges Séféris, prix Nobel de littérature 1963. Après Journées 1925-1944, ce second volume nous conduit jusqu’à la mort du poète en 1971. Plus qu’un simple complément, c’est le versant intime d’une existence partagée entre la poésie, la diplomatie et le destin tourmenté de la Grèce moderne.
Comme le souligne Gilles Ortlieb dans sa préface, ces pages se présentent parfois moins « travaillées » que celles du premier tome : notes brèves, style télégraphique, fragments consignés au jour le jour. Mais cette apparente rugosité est la contrepartie d’une sincérité sans apprêt, d’une franchise absolue. On y lit non pas un texte polissé, mais la coulée vive d’une conscience qui enregistre tout : humeurs, paysages, conversations, colères, lassitudes, émerveillements. Le journal devient ainsi tour à tour éphéméride, carnet de voyage, cahier de lectures, « baromètre de l’âme » selon la belle formule de Pierre Pachet et bulletin météorologique de la politique.
Ce caractère fragmentaire ne prive pas le lecteur de moments de grâce : les instantanés qui se transforment en poèmes, comme un détail noté à Poros qui, des années plus tard, se retrouve transfiguré dans un vers. Le journal agit alors comme un laboratoire : entre la perception brute et l’alchimie de l’œuvre, on voit se dessiner le processus secret de la création poétique. « Il faut écrire non comme on le sent, mais comme on se souvient d’avoir senti », notait Séféris – formule qui résume la métamorphose patiente de la vie en poésie.
Les années couvertes par ce volume sont celles de la maturité et des désillusions : missions diplomatiques à Ankara, Londres, au Proche-Orient, puis l’ambassade de Grèce en Grande-Bretagne, avant le retour au pays et la confrontation finale avec la dictature des colonels. Séféris, fidèle à son rôle d’homme d’État, s’engage notamment dans la défense de Chypre, qu’il voit comme un « miracle » où la grécité subsiste intacte. Mais derrière l’ambassadeur perce sans cesse le poète, soucieux d’interroger son art, de chercher cette « expression la plus juste, comme une corde tendue ».
Ces Journées nous montrent aussi un homme entouré de ses pairs et de ses contemporains : T. S. Eliot, dont il avait traduit La Terre vaine,
devient un frère en poésie ; Henri Michaux, Yves Bonnefoy, Saint-John Perse ou Lucian Freud traversent ces pages comme des compagnons d’étape. Mais le véritable interlocuteur de Séféris demeure la Grèce elle-même, intraitable et lumineuse, qui ne cesse de le hanter et de l’inspirer.
Le travail de Gilles Ortlieb mérite ici une mention particulière. Sa traduction restitue avec une clarté rare la densité sobre de Séféris, sa langue oscillant entre prose et poésie, son regard tantôt lyrique, tantôt implacable. L’appareil critique, d’une précision exemplaire, éclaire le contexte politique, diplomatique et littéraire, rendant accessible au lecteur français un univers d’une complexité parfois vertigineuse.
Journées 1945-1971 n’est pas seulement le verso d’une œuvre poétique : il en constitue le recto caché, la matrice, le filigrane. Ces pages, où affleurent tour à tour l’émerveillement et la désespérance, la fidélité à l’art et la lassitude du service diplomatique, composent un autoportrait mouvant, d’une intensité rare. Elles forment aussi un document politique de premier ordre, où l’écrivain s’affirme comme l’un des témoins les plus lucides de la Grèce contemporaine.
En somme, ce journal apparaît comme une ultime traversée : celle d’un Ulysse moderne qui, au terme de ses voyages, retrouve une Ithaque blessée mais encore vivante. Grâce à cette traduction magistrale, le lecteur francophone peut désormais l’accompagner, pas à pas, dans cette odyssée intérieure.
Parmi les mille métamorphoses de Clarice Lispector, on connaissait l’écrivaine de l’« instant-limite », la chroniqueuse des épiphanies minuscules, la diariste de l’intranquillité. On découvre ici l’intervieweuse : une Clarice qui fait de la conversation un acte de connaissance, et de l’écoute une aventure formelle. Publié au Brésil sous le titre Clarice Lispector entrevista: grandes personalidades entrevistadas (Editora Rocco) et désormais disponible en français aux éditions des femmes–Antoinette Fouque sous le beau titre L’art est une quête, n’est-ce pas ?, le volume rassemble des entretiens avec des figures cardinales de la culture brésilienne et latino-américaine – de Chico Buarque à Oscar Niemeyer, de Lygia Fagundes Telles à Tom Jobim, de Jorge Amado à Pablo Neruda. L’édition française propose une sélection ramassée et nerveuse, pensée comme un portrait polyphonique d’une époque autant que de son passeur.
Ce livre n’exhume pas une Clarice « reporter » classique : il rappelle plutôt combien ses années de collaboration à la presse populaire (Manchete, Fatos & Fotos) ont contaminé – au meilleur sens – son écriture littéraire. Claire Williams l’a montré : on repère, dans les fictions mêmes, la trace de ces dispositifs d’interview, ce goût du décalage qui déroute l’interlocuteur afin de le désenclaver de ses idées reçues. La conversation devient dispositif d’épreuve, et l’épreuve, révélatrice d’une vérité de ton plus que d’une vérité de thèse.
Là où l’entretien « culturel » tend à illustrer une œuvre, Lispector en déplace l’axe : elle interroge ce qui, dans la musique, l’architecture, la poésie, excède le discours de légitimation – ce « mystère » dont Lygia Fagundes Telles dit qu’il résiste à toute transparence programmée. Sur son site, l’éditeur français en donne d’ailleurs un exemple, qui cristallise la poétique de l’ensemble.
Le livre montre une technique d’approche reconnaissable : questions brèves, parfois obliques, reprises qui frôlent l’anecdote et soudain la traversent. Lispector laisse filer une banalité pour mieux faire saillir une contrariété, un ressouvenir, une « idée fixe ». D’où ces réponses où l’on entend, par exemple chez Tom Jobim, une position nette contre l’industrialisation du goût (« préserver la joie du monde », dit-il), ou chez Niemeyer, la fidélité à une idée de modernité fraternelle : des propos souvent cités dans les archives et anthologies en ligne, qui rappellent que Clarice ne cherche ni la formule-choc ni le scoop, encore moins le consensus, mais la note juste.
Il faut saluer l’excellente traduction d’Izabella Borges qui préserve l’oralité sans lisser les aspérités ; elle maintient ces suspens, ces reprises qui sont la musique même de l’échange. Le choix d’un petit format (120 p.) chez des femmes-Antoinette Fouque, qui publient depuis longtemps Lispector en France, joue la carte d’un livre de chevet, à feuilleter par îlots plutôt qu’à lire d’une traite – une entrée idéale pour des lectrices et lecteurs qui, parfois intimidés par L’Heure de l’étoile ou La Passion selon G.H., découvriront ici l’acuité lispectorienne « en clair ». L’éditeur présente ce volume comme quinze entretiens inédits en France avec « les artistes les plus influents du Brésil » : promesse tenue, et utilement calibrée pour ouvrir l’appétit.
On pourra regretter que la sélection, resserrée pour l’édition française, atténue la dimension « atlas » de l’ensemble brésilien : l’ampleur des Entrevistas (Rocco) permettait de mesurer plus nettement les écarts de ton, la plasticité de l’écoute. Mais ce léger manque est aussi un choix incitatif : il oblige à retourner à la source – à la « Clarice journaliste » telle que l’avons chaleureusement saluée ici – pour prolonger le ricochet entre œuvre et entretiens. Quant à l’appareil critique, il reste discret : on aurait aimé, ici ou là, une mise en contexte plus fournie pour des lecteurs français moins familiers de l’histoire culturelle brésilienne.
Puisqu’il faut bien conclure, livre d’« art vivant » plus que recueil patrimonial, L’art est une quête, n’est-ce pas ? rappelle que l’interview, chez Clarice Lispector, n’est jamais un genre de service : c’est un laboratoire de présence. On y entend ce que l’écrivaine savait capter mieux que quiconque : le moment où une voix cesse d’illustrer une œuvre pour en ré-inventer le souffle – et où l’on se surprend à lire une conversation comme on lirait une nouvelle de Clarice, c’est-à-dire en quête de l’instant où la parole se risque à « toucher le réel ».
Pour les lecteurs et lectrices francophones, c’est un petit livre à forte rémanence : il donne envie de rouvrir les romans et les chroniques, mais aussi d’écouter, avec Clarice, ce que la parole laisse affleurer lorsqu’on l’accueille avec cette délicatesse obstinée qui fut son génie.
Il existe dans chaque siècle un aréopage d’écrivains qui semblent marcher un peu à côté du chemin, en marge des grands axes de la littérature, mais dont l’œuvre, à qui prend le temps de l’ouvrir, brille d’une lumière singulière. André Dhôtel (1900-1991) est de ceux-là. Auteur du fameux Pays où l’on n’arrive jamais, mais aussi de dizaines de romans, récits, poèmes et essais, il a su bâtir un univers où l’ordinaire se teinte de merveilleux, où l’on sent à chaque pas ce « sentiment de l’émerveillement » qui fut sa marque intime.
C’est à ce monde discret et pourtant incandescent que le nouveau numéro de L’Atelier du roman (n° 122) rend hommage sous le beau titre « Monde plein d’étincelles ». Plus qu’un simple dossier critique, c’est une invitation à relire Dhôtel avec des yeux neufs, à mesurer combien son écriture garde aujourd’hui une puissance de dépaysement et d’enchantement.
De nombreux écrivains et critiques prennent ici la parole – Sylvestre Clancier, Denis Grozdanovitch, Philippe Blondeau, Patrick Pluen, Jean Pierre Vidal, Joël Roussiez, Eryck de Rubercy, Boniface Mongo-Mboussa, Lakis Proguidis, entre autres. Tous, chacun à sa manière, éclairent ce style un peu rocailleux, abrupt, parfois rebelle, qui cache des trésors de poésie et de fulgurances. Ils rappellent combien Dhôtel, sans jamais chercher l’effet, sait nous entraîner vers l’inattendu, l’imprévisible, cet « inespéré » que son œuvre ne cesse de guetter.
Ce que l’on retient en parcourant ces pages, c’est la diversité des approches : certains insistent sur la singularité des personnages – souvent des enfants réfractaires aux certitudes des adultes –, d’autres sur la manière dont Dhôtel manipule le temps, ou sur son art de brouiller les pistes narratives pour faire surgir un « brouillard singulier », digne des grands univers romanesques de Dickens, Simenon ou Modiano. Tous s’accordent pourtant sur un point : l’écriture dhôtélienne garde intacte sa capacité d’émerveillement.
Le regretté Patrick Reumaux écrivait dans In memoriam, en ouverture au numéro d’hommage à André Dhôtel de la NRF (N°476 – septembre 1992) : « Dhôtel appartient aujourd’hui à la catégorie des disparus. Disparaître était pour lui quelque chose de familier. Il a passé sa vie à disparaître : au coin d’un bois, au détour d’une oseraie, sur les routes courbes de l’Ardenne pouilleuse coiffées par un ciel qu’il touchait de la main. Ce qui l’étonnait (et lui paraissait presque inadmissible), c’était que l’on pût “apparaître”. »
Mais ce numéro ne se limite pas à Dhôtel. Fidèle à sa ligne, L’Atelier du roman propose aussi ses rubriques régulières :
– « À la une », avec des textes de Yann Brunel, Yannick Roy et Marion Messina, trois voix très différentes qui ouvrent des perspectives sur notre monde littéraire et politique, souvent à contre-courant des conformismes ambiants.
– « Critiques », où l’on croise aussi bien Isabelle Daunais (La Beauté du roman), saluée pour l’intelligence sensible de son essai par Raphaël Arteau McNeil que Kazuo Ishiguro (Klara et le soleil), commenté par Charles Villalon ; mais aussi Jean-Pierre Martinet (Alexandre Jordeczki), Stendhal (Lucien Leuwen, relu par Baptiste Arrestier), et Mario Vargas Llosa relu à la lumière de sa célébration de Madame Bovary (Massimo Rizzante).
– Enfin, « Au fil des lectures », où François Taillandier signe une chronique joliment intitulée Dans le jardin aux sentiers qui bifurquent : une méditation vagabonde sur l’histoire et l’avenir du roman, fidèle à son regard de promeneur érudit.
Autant de contrepoints qui enrichissent encore la réflexion centrale, donnant à ce numéro un souffle polyphonique et généreux.
Ce numéro 122 est ainsi bien plus qu’un hommage critique : c’est une célébration de l’étonnement, une leçon de disponibilité au monde. On se prend à sourire, un peu tristement : que resterait-il du « monde plein d’étincelles » de Dhôtel, jeté aujourd’hui dans le grand tambour numérique des réseaux sociaux, réduit à quelques stories clignotantes sur Instagram ? Rien, sans doute. Ou plutôt : tout, à condition de fermer un instant l’écran et de se souvenir qu’il existe, dehors, une herbe qui pousse, un chemin qui bifurque, une lueur qui tremble au coin du ciel. Dhôtel, lui, savait les voir. À nous de retrouver ce regard – même s’il ne nous rapporte pas un seul like.
Avec Rabelais, que le roman commence ! Lakis Proguidis, l’infatigable directeur de L’Atelier du roman, avait frappé un grand coup : la critique avait salué un essai limpide et audacieux qui plaçait Rabelais au seuil d’une aventure littéraire inédite, celle du roman européen. On se souvient de l’étonnement admiratif de ses lecteurs devant ce geste intellectuel qui, loin de l’érudition sèche, rendait Rabelais présent, vibrant, actuel – comme si son rire et ses excès continuaient de nous tendre un miroir.
Avec L’Être et le roman, deuxième étape d’une trilogie annoncée, Lakis Proguidis poursuit cette exploration des origines du roman, mais en déplaçant le centre de gravité vers ce qu’il appelle « le corps romanesque ». La formule pourrait sembler abstraite ; elle ne l’est pas. Ce corps, ce sont les personnages, les êtres fictifs qui, dès le XVIe siècle, ont commencé à hanter l’imaginaire européen. Lakis Proguidis s’interroge : quelle nécessité spirituelle, psychique, civilisationnelle a présidé à cette émergence ? Pourquoi, à partir de Rabelais, ce corps collectif devient-il le lieu où l’homme européen se découvre autrement que par la théologie, la philosophie ou l’anthropologie ?
L’essai trouve sa force dans la confrontation qu’il orchestre entre Rabelais et un écrivain moderne, Witold Gombrowicz. Loin d’un simple parallèle académique, Lakis Proguidis fait dialoguer ces deux pôles de l’histoire du roman : l’invention exubérante de la Renaissance et l’ironie corrosive du XXe siècle. Ce dialogue improbable mais fécond révèle l’informulé d’une époque, ses tensions et ses promesses, et fait surgir des chemins inattendus – de la lecture d’Homère à la presse, de l’expérience intime aux songes.
J’ai particulièrement aimé la manière dont Lakis Proguidis dans un long chapitre central (« Le plaisir “triangulaire” ») convoque avec sagacité la théorie girardienne du désir mimétique pour démarquer Rabelais et Cervantès de ce qui a surgi à leur suite, et caractérise à proprement parler, l’esthétique du roman moderne.
Ce qui séduit, comme déjà dans son livre sur Rabelais, c’est la manière dont Proguidis associe une exigence théorique réelle à un souffle narratif, presque romanesque lui-même. Son essai n’a rien de pesant : il se lit avec la jubilation d’un texte qui pense en avançant, qui tisse des correspondances et des éclats.
En somme, L’Être et le roman confirme Proguidis dans cette position singulière : celle d’un
essayiste qui ne se contente pas de commenter la littérature mais qui, par ses analyses, parvient à en restituer la vitalité et le mystère. Après avoir réouvert les portes du rire rabelaisien, il nous conduit maintenant à comprendre le roman comme un corps vivant – corps qui n’a cessé de nous accompagner et qui, peut-être, continue de donner à notre humanité ses formes les plus profondes.
Un essai à la fois érudit, libre et lumineux, qui n’aurait pas démérité un éloge de son ami Milan Kundera, car ne ressemblant à rien d’académique, et nous rappelant que réfléchir au roman, c’est encore une manière de vivre plus intensément.
Ksénia de Jean-Louis Backès, éditions de la Coopérative, 2025 (19€).
Journées 1945-1971 de Georges Séféris, traduction, préface et notes de Gilles Ortlieb, éditions Le Bruit du temps, 2025 (34€).
L’art est une quête, n’est-ce pas ? Entretiens de Clarice Lispector, traduit du portugais (Brésil) par Izabella Borges, Éditions des femmes-Antoinette Fouque, 2025 (13€).
L’Atelier du roman, “André Dhôtel, un monde plein d’étincelles”, n° 122, septembre 2025, éditions Buchet-Chastel, 2025 (22€).
L’Être et le roman de Lakis Proguidis, Éditions du Canoë, 2025 (26€). LRSP (livres reçus en service de presse).
Illustrations : (en médaillon) photographie ©️ Lelorgnonmélancolique. Dans le billet : éditions de la Coopérative – éditions Le Bruit du temps – éditions des femmes-Antoinette Fouque – éditions Buchet-Chastel – éditions du Canoë.
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