Patrick Corneau

Le premier NOËL martien

Lorsqu’Elon Musk débarqua sur la planète Mars le 24 décembre 2034, il ne trouva ni neige, ni sapins. Juste une étendue infinie recouverte de poussière rouge et un silence absolu. Pourtant, en cette veille de Noël, Elon avait un rêve : prouver que la magie de Noël pouvait exister même à des millions de kilomètres de la Terre.  
Depuis des années, il avait travaillé avec acharnement pour établir la première colonie humaine sur Mars. Le dôme baptisé Nouvel Horizon était construit, l’énergie solaire fonctionnait, et un groupe de pionniers intrépides vivait depuis quelques mois sur cette planète rouge. Pour cette première année martienne, Elon voulait offrir quelque chose de spécial à ses colons, quelque chose qui rappellerait leur maison bleue et lointaine : un vrai Noël, avec tous ses symboles et sa chaleur.  

Sa navette, l’Eagle 9, ayant atterri près du dôme principal de la colonie, Elon fit un dernier check-up dans le vaisseau avant de sortir. Il ouvrit une caisse soigneusement scellée et en sortit… une petite graine. Pas n’importe quelle graine : celle d’un sapin génétiquement modifié pour pousser dans le sol martien, à condition d’être plantée sous un dôme rempli d’oxygène.  
Il se rendit au dôme principal, où les colons, sans être vêtus de combinaisons, allaient et venaient, leurs visages tendus par la fatigue de l’adaptation à cet environnement hostile. Elon les rassembla.  
Aujourd’hui, nous allons faire quelque chose d’incroyable, leur dit-il. Nous allons planter le tout premier arbre de Noël martien.  
Les colons échangèrent des regards sceptiques. Un arbre, ici ? Cela semblait absurde. Ils connaissaient les lubies du patron… Intrigués, ils le suivirent jusqu’à une zone spécialement préparée dans le dôme. Avec précaution, Elon creusa un petit trou dans la terre enrichie artificiellement et y déposa la graine.  
Il appuya sur l’écran de son Apple Watch Ultra 10 et une série de lampes UV s’allumèrent, réchauffant la terre. Pendant quelques minutes, rien ne se passa. Puis, sous les regards ébahis, une minuscule pousse verte perça la surface.  
C’est un miracle ! murmura une scientifique nommée Aïsha.  

En quelques heures, grâce aux modifications génétiques et aux conditions optimales, le petit arbre grandit, ses branches s’étirant, ses aiguilles devenant d’un vert profond. Le soir venu, le sapin faisait déjà trois mètres de haut.  
Mais Elon ne s’arrêta pas là. Il avait préparé d’autres surprises. Il sortit de son sac des boules transparentes contenant des souvenirs de la Terre : une miniature de la planète bleue, une photo de la première mission spatiale, une autre de lui avec son ami Donald Trump, et même des répliques “vintage” des premières guirlandes de Noël électriques. Les colons l’aidèrent à décorer l’arbre, et bientôt, il scintilla sous le dôme comme une étoile tombée du ciel.  
Alors qu’ils contemplaient leur œuvre, Elon sortit un dernier objet de sa poche : une étoile dorée fabriquée en CrCoNi – un matériau hyper-résistant, alliage de chrome, de cobalt et de nickel – qu’il fixa tout en haut du sapin. À cet instant précis, les haut-parleurs du dôme diffusèrent la mélodie de Douce nuit.  
Les colons, qui n’avaient pas entendu de chants depuis leur départ de la Terre, s’immobilisèrent, émus. Certains avaient les larmes aux yeux.  
C’est magnifique, murmura Aïsha. Nous sommes si loin, et pourtant… on se sent chez nous.  
Mais la magie ne s’arrêta pas là. Alors que la nuit tombait sur Mars, un phénomène inattendu se produisit. Une aurore martienne, causée par une tempête solaire, illumina le ciel rouge de teintes vertes et bleues. Les colons s’approchèrent des parois du dôme pour contempler le spectacle, leurs visages éclairés par cette lumière extraterrestre.  
Joyeux Noël ! dit Elon avec un grand sourire d’enfant.

Ce Noël sur Mars, loin de tout, resterait-il gravé dans les mémoires comme le plus beau de tous ? 

Le petit sapin, nourri et protégé, continua de grandir et grandir… Une croissance irrésistible conforme à son programme génétiquement modifié. 
Le lendemain, jour de Noël, le sapin s’était transformé en un gigantesque séquoia.
C’est alors que le drame survint : la magnifique étoile en CrCoNi qu’Elon avait fièrement accroché à la cime brisa le dôme protecteur. Composée principalement de dioxyde de carbone, l’atmosphère martienne s’engouffra et anéantit la totalité de la petite colonie y compris son tout puissant initiateur, le génial et fantasque Monsieur Musk. 
Ce qui devait être le symbole de l’espoir et de l’ingéniosité se révéla être l’instrument de la fin de l’humanité extraterrestre.
Dans le vide glacé de l’espace, la sagesse de Noël, via l’élan de vie d’un (im)modeste sapin, avait rétabli l’ordre en mettant un terme à la folie de grandeur et de démesure du genre humain. La volonté de puissance et de domination avait dévoyé l’humanité. Altérant l’harmonie cosmique et offusquant le divin au nom d’une logique de matière et de technique, elle avait oublié – c’est son tragique – qu’elle était appelée à franchir d’autres frontières, plus risquées, plus difficiles pour comprendre pleinement le sens de sa destinée qui inclut le passé, l’inactuel, l’éternel

Illustrations : (en médaillon) dessin d’Elon Musk en cosmonaute – dans le billet : image créée par ChatGPT.

Vous n’auriez jamais lu ce livre si vous n’aviez connu l’auteur !

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Patrick Corneau