On vous dira peut-être que La petite Venise est un gentil mélo et qu’Andrea Segre, n’est sûrement pas le nouveau De Sica. Foin des références et comparaisons! Ce premier film de fiction d’un réalisateur jusqu’alors documentariste est une vraie merveille! A Chioggia, sous le même ciel magnifiquement changeant qu’à Venise, toute proche, Andrea Segre dessine avec une rare justesse les contours émouvants d’une rencontre fragile, improbable et pourtant délicieusement réconfortante entre Bepi, un pêcheur à la retraite, et Shun Li, une jeune femme immigrée venue de Chine et ballottée d’un emploi à un autre au gré des besoins de ses « patrons » (des marchands d’esclaves qui ont payé son voyage et qu’elle doit rembourser en travaillant derrière le comptoir de « l’osteria Paradisio », un vieux café au bord de la lagune). S’appuyant sur une réalité qui n’a rien de romantique, Andrea Segre traite l’universel problème de l’immigration avec une pudeur rare: il n’assène rien, ne délivre aucun message coup de poing, ni ne nous fait le coup du pathos victimo-lacrymal pour nous conter l’amitié tendre tissée de souvenirs échangés, de confidences retenues entre la petite Chinoise exploitée et le vieux pêcheur un peu paumé… Deux interprètes d’exception, le Croate Rade Sherbedgia et surtout Zhao Tao, l’égérie du Chinois Jia Zhang-le, font de cette Petite Venise toute pleine d’une grâce nimbée de la lumière voilée vénitienne, la perle d’un début d’été jusqu’ici bien gris.
Un beau film lent empreint de la douceur triste de ces « choses qui font battre la cœur »…

Illustration: Affiche et bande-annonce du film Io sono Li, sélection à la Mostra de Venise, Prix Fédic 2011.

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Patrick Corneau