O étés pleins de mouches où êtes-vous? Avant que l’homme dans son combat séculaire contre les diptères et autres vrombissants n’ait inventé l’insecticide chimique, toujours plus redoutable puisqu’il foudroie désormais autant l’homme que les bestioles, existait un piège ingénieux totalement inoffensif: le gobe-mouches.
Le gobe-mouches au vinaigre était une sorte de cloche dont les bords inférieurs retroussés vers l’intérieur formaient une petite rigole d’une hauteur suffisante pour servir de réceptacle au mélange d’eau et de vinaigre, fatal pour les mouches. La partie supérieure de la cloche était ouverte par un orifice où l’on plaçait un peu de sucre pour attirer les insectes. Ceux-ci s’y précipitaient et ne s’y attardaient pas: rassasiés et talonnés par de nouveaux arrivants, ils descendaient dans la cloche dont ils se trouvaient aussitôt prisonniers. Affolées, les mouches ou les guêpes tentaient de s’échapper jusqu’à ce que les vapeurs de vinaigre les fissent tomber, ivres, dans l’eau où elles périssaient noyées.
Quand venait le moment de changer l’eau dans le piège, l’homme célébrait son triomphe sur la nature: sur la table, sur les dessertes, emprisonnées par son intelligence, son habileté technique, des centaines de mouches trépassaient d’une mort horrible. S’il l’avait connu, Spinoza aurait célébré dans le gobe-mouches une expression de la virtus (c’est-à-dire de la puissance) de l’homme, lui qui s’amusait, privé d’autres plaisirs, à tourmenter les insectes*…

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* « (…) il cherchait des araignées qu’il faisait battre ensemble, ou des mouches qu’il jetait dans la toile d’araignée, et regardait ensuite cette bataille avec tant de plaisir, qu’il éclatait quelquefois de rire. Il observait aussi avec le microscope les différentes parties des plus petits insectes, d’où il tirait après les conséquences qui lui semblaient le mieux convenir à ses découvertes. » La vie de M. Benoît de Spinoza par Jean Colerus (1647-1707).

Illustration: photographie anonyme

  1. Dans un genre moins raffiné, j’ai le souvenir du papier tue-mouches gluant, noir des cadavres d’insectes, qui, accroché au luminaire central, se balançait au-dessus de la toile cirée de la table de la cuisine. Pouah ! On assistait ainsi, durant le repas, à la lente agonie de la mouche prise au piège. Petite, je tentais d’imaginer comment délivrer la mouche sans l’amputer de ses pattes, ou de ses ailes. Mais il n’y avait pas de solution. La mort était irrémédiable. Ça me rendait infiniment triste.

  2. calystee says:

    Dans mes souvenirs, ce sont surtout mon front ou mes cheveux qui se collaient régulièrement à ce papier tue-mouches. Difficulté d’être grand et étourdi!
    Pour le gobe-mouches, il confirme l’adage: on n’attire pas les mouches avec du vinaigre! Non, on les tue!

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Patrick Corneau