joie3ferli13J’avais un ami, professeur estimé, qui soudain se mit à tout voir sous le mode du « joyeux ». Il n’y avait pas une rencontre, une situation qui ne fût qualifiée de « joyeuse ». Le monde était saturé de joie.
Cela me parût étonnant et, plus qu’un tic de langage, lourd de sens. Je risque la suivante interprétation.
Une génération d’intellectuels ayant bu jusqu’à la lie l’aigre vin de la déconstruction (la trinité diabolique Barthes, Foucault, Derrida) se retrouva Gros-Jean comme devant quand leur vie se fut vidée de la moindre trace de signification. On ne vit pas sur une tabula rasa. Il ne leur resta plus alors qu’à marquer compulsivement le monde du tampon de la JOIE.
Pascal a tout dit sur la force de l’habitude qui peut installer la foi dans un « cœur abêti ».

Illustration: photographie Flickr.

  1. catherine says:

    « Buvons encore une dernière fois à l’amitié, l’amour, la joie » nous chantait Graeme Allwright dans notre jeunesse, mais réflexion faite, buvons plutôt aux « rabat-joie », les seuls qui nous mettent véritablement en joie.
    Bien à vous,
    Catherine

    1. Oui, les gens « joyeux » (ou qui s’efforcent de l’être) sont généralement ennuyeux, cela est vrai. Les enfants savent être joyeux avec naturel, les adultes rarement. Quelques rares poètes ont su évoquer la joie la plus belle, la plus simple, celle d’être un vivant, Philippe Jaccottet par exemple. 🙂

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Patrick Corneau