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Le regard éloigné de Claude Lévi-Strauss

hmorganlettrine2.1257333471.jpgbaudrillard_saopaulo1988.1257334357.jpg« Adepte du « regard éloigné » pour mieux embrasser l’épaisseur du réel, Lévi-Strauss aura, souvent seul, énoncé de lourdes vérités. En particulier que l’autre, parce qu’il est différent, n’est pas inférieur. » déclare Eric Fottorino dans Le Monde du 5 novembre. J’ai relu le passage de Tristes Tropiques où Claude Lévi-Strauss évoque son public d’étudiants brésiliens à l’université de São Paulo. Le regard n’est ni amène, ni tendre. Et, je ne peux m’empêcher de penser qu’un Brésilien ait pu ressentir une certaine condescendance de la part d’un esprit assez convaincu de sa supériorité à poser un froid regard d’entomologiste sur des idiosyncrasies, des traits et valeurs culturels, bref des « différences » épinglées avec une certaine cruauté… Qu’on relise pour mesurer l’écart, les fines observations d’un Baudrillard! Pour penser un monde aussi « oxymorique » que peut l’être le Brésil où toutes les affirmations peuvent être contredites, c’est une hyperrationnalité qui est demandée, apte à prendre l’illusion au sérieux et le sérieux comme une illusion. La pensée de Jean Baudrillard était presque prédestinée à cet exercice. Les pages qui sont consacrées à ses séjours au Brésil dans Cool Memories sont parmi les plus pénétrantes qui aient jamais été écrites sur la polyphonie brésilienne dans sa discordance harmonieuse, sa désinvolture pleine de sagesse face à la crise et l’échec, son génie du métissage et du bricolage dont l’anthropophagie est la figure la plus puissante. Avec Baudrillard, ce fut plutôt « Twist Tropiques »…

| Le Brésil de Claude Lévi-Strauss.
| Le Brésil de Jean Baudrillard.

Illustration: photographie de Jean Baudrillard, São Paulo, 1988.

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Patrick Corneau