241966_10359552.1221985073.jpgCe week-end « patrimonial », lisant le très beau livre de Benoît Duteurtre Les pieds dans l’eau (Gallimard, 2008), bellement nostalgique (je veux dire sans hoquets larmoyants), je tombe sur cette phrase : « la photographie a tué le sacré et l’a transformé en folklore ». Oui, la photographie et son allié naturel le tourisme de masse (même quand il est dit « culturel »), puissants vecteurs de laïcisation, de folklorisation et parfois de profanation des lieux sacrés. Il ne s’agit pas là de caresser douteusement des penchants passéistes, mais de faire un constat d’époque: le recul général de l’élément mystique ou sacré au profit d’un réalisme de la présence, de l’obvie et de la jouissance immédiate. Par une sorte de retournement paradoxal, les foules vont désormais chercher des traces de sacré dans les ors du pouvoir (10.247 personnes avaient pénétré samedi dans le palais présidentiel de l’Elysée…) délaissant le patrimoine religieux dont la signification et les symboles sont devenus pour beaucoup presque abscons. Qui comprend aujourd’hui la différence entre basilique, abbatiale, collégiale? Qui comprend les termes d’architecture religieuse (chevet, abside, architrave, voussoir…) sans avoir le nez plongé dans les notes didactiques du Guide Vert? On confesse emphatiquement son amour des belles choses par des discours bien souvent de pure forme, hâtifs, conventionnels et distraits. Et hypocrites. La pulsion d’amour doit se frayer un chemin à travers l’effort d’attention et de compréhension que nous demandent les choses et surtout les mots. Et çà, c’est embêtant! Les gens ne veulent plus entendre parler de ce dont ils ont déjà entendu parler ou, s’ils n’en n’ont pas entendu parler, ils se convainquent aussitôt que ce qu’ils pourraient en apprendre ne saurait les intéresser. Alors vient un sentiment de déracinement, d’apesanteur existentielle, anomie, etc. D’où les défilés orchestrés sous les lustres tous les mois de septembre…

Illustration: photographie de l’AFP.

  1. lautre says:

    le défilé d eceux qui cherchent à vérifier si ce qui est devant eux correspond bien à ce qu’ils ont vu à la télévision (ou dans un magazine). et ils ne voient rien

  2. arletteart says:

    Delacroix disait
    « Ce qui fait les hommes de génie ,ce ne sont pas les idées neuves ?c’est cette idée ,qui les possède ,que ce qui a été dit ne l’a pas encore assez été  »
    ……………. le monde des livres (19. 9 .08)

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Patrick Corneau