Un livre, d’une soixantaine de pages, esquisse en dix courts récits le portrait d’un homme de lettres énigmatique, un certain Matthias Stimmberg. En refermant l’ouvrage nous avons le sentiment que nous sommes tous des Matthias Stimmberg, que ce déroutant et improbable écrivain mexicain a décrit l’humaine condition.

(…) « ‘Moi, monsieur, je suis un chercheur en espérance.’ Son labora­toire était à deux kilomètres de là, dans une étable.
Intrigué par le nom éblouissant de cette nouvelle discipline scientifique, presque onto­logique, je lui ai demandé de m’exposer, plus en détail, en quoi consistaient ses travaux.
— Eh bien, m’a-t-il dit, c’est extrêmement compliqué. Comment vous expliquer?… Voilà: vous remplissez à moitié un grand seau. En tôle galvanisée – c’est important qu’elle soit galvanisée pour ne pas offrir de points d’accroché -, et vous y jetez un rat. Le rat va nager en rond, collé aux parois, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, en cherchant à sortir. Avant de couler à pic et de se noyer, il nagera huit heures durant. Mais avant que les huit heures ne se soient écoulées, vous jetez dans le bac une petite planche qui flotte, et vous lui permettez de se reposer. Au bout de six minutes, vous retirez la planche. Le rat devra nager à nouveau, et nagera quarante-huit heures de plus. D’où l’on déduit scientifiquement que les rats ont une espé­rance moyenne de vie de huit heures, laquelle, convenablement stimulée, s’accroît par mul­tiples de huit.
Il m’a regardé, espérant un commentaire. Je l’ai fixé longuement, puis j’ai ramassé mon chapeau sans dire un mot. Je me suis levé. Il a haussé les épaules, a tendu le bras et a bu ma bière. Et il a ricané.
J’ai contemplé, avec soulagement, les hêtres du chemin. Ma résistance moyenne à l’écœurement devait – doit – friser une heure vingt- cinq. »
« L’étude de l’espérance », Évocation de Matthias Stimmberg, Alain-Paul Mallard, Editions Bilbliophane Daniel Radford.

Illustration: photographie de Alain-Paul Mallard/Facebook.

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Patrick Corneau