hmorganlettrine2.1260948706.jpg41v5bfp26vl_ss500_.1260949119.jpgLes maux dont souffrent les universités françaises ne sont hélas pas une spécialité franco-française, le marasme atteint les systèmes éducatifs à l’échelle de la planète entière. Voici ce qu’écrivait J.M. Coetze* en 2007:

« De tout temps, on s’est un peu leurré en disant que les universités étaient des institutions autonomes. Néanmoins, ce qui est arrivé aux universités au cours des années 1980 et 1990 n’a guère été à leur honneur. Car, menacées de voir leurs subventions réduites, elles se sont laissé transformer en entreprises commerciales où les professeurs, qui auparavant menaient leurs recherches dans une liberté absolue, ont été changés en employés qu’on harcelait pour qu’ils remplissent des quotas sous la surveillance de professionnels de la gestion. Il est à douter que le professorat ne retrouve jamais les pouvoirs qui étaient naguère les siens. Du temps que la Pologne était sous domination communiste, des dissidents donnaient des cours du soir à leur domicile, tenaient des séminaires sur des écrivains et des philosophes exclus du canon officiel (Platon, par exemple). Ils ne se faisaient pas payer, même s’ils recevaient peut-être une rémunération sous une autre forme. Pour que survive l’esprit de l’université, il faudra peut-être mettre en place quelque chose de ce genre dans des pays où l’enseignement supérieur s’est vu totalement subordonner à des principes commerciaux. En d’autres termes, la vraie université devra peut-être se replier chez des particuliers et délivrer des diplômes dont seules les signatures au bas du parchemin garantiront la validité. »
Journal d’une année noire
, traduit de l’anglais par Catherine Lauga du Plessis, Points, Seuil, 2009.

*professeur émérite à l’université de Chicago, le prix Nobel de littérature 2003 enseigna la littérature à l’université d’Adélaïde à partir de 2002.

BONUS: Zéro pointé pour Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, prise en flagrant délit de « mal parler » dans le Journal de 20h sur France2 (mardi 15 décembre 2009): « … les Franciliens lui en savent gré » et non « lui en sont gré« !

Illustrations: photographie Flickr/extrait vidéo du Journal de 20h sur France2

  1. Rodrigue says:

    Ce qui me semble sûr, c’est si une réaction de ce type (enseigner en parrallèle, en privé, ou que sais-je?) n’ a pas lieu on peut avoir les plus grandes craintes pour l’avenir de l’ensemble de la famille humaine, tant les « idées » officielles sont loin des problémes réels, tant les jeunes générations sont incapables d’un jugement sain et indépendant, incapable d’examiner le moindre question à fond, sans être absolument gavées d’idées reçues. La force du « politiquement correct » n’a jamais été aussi grande. Sa simplicité, et donc sa démagogie, elle aussi n’a jamais atteint de tels sommets !

  2. La ministre Pécresse, dont j’avais entendu ce « cuir », avait sans doute un peu trop bu du « Château-canon-pécresse 2006 » commercialisé par un sien parent viticulteur, et par ailleurs « éditorialiste » au journal « Les Echos » (d’après « Le Canard enchaîné » du 16 décembre, page 5).

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Patrick Corneau