Patrick Corneau

Le nuage vibrionnant des mouches du coche ne cessant de s’épaissir autour de l’attelage « déconfinement » (tiens, mon clavier a failli écrire « déconfiture »…) qui tire à hue et à dia, une petite leçon de lucidité (et d’humilité) s’impose. Elle nous vient de Montherlant qui écrit ceci dès 1940, dans Le Solstice de juin :

« Ceux-là sont faibles d’esprit, qui tiennent pour faiblesse d’esprit de ne pas suivre le contemporain dans chacun de ses moments, qui se font une obligation sublime d’avoir une opinion sur tout le contemporain (opinion qui neuf fois sur dix est une billevesée), de prendre parti à propos de tout, et dont cet amoncellement de jugements et d’opinions, s’il laissait trace, formerait un fumier d’inanité et de ridicule (…). Un peintre, un sculpteur, un compositeur de musique, n’est pas tenu de dire son mot à tout bout de champ sur tout et rien : sur des « débats » qui sont artificiels, des « problèmes » qui n’en sont pas, des situations dont c’est temps perdu que d’y réfléchir, puisqu’elles seront renversées le lendemain. Mais un écrivain, oui bien. »

« Ils se battent pour l’Idée, n’en ayant pas. »
Ennio Flaiano, Notes, fragments et pages de journal, 1951-1972.

Enfin, du même Flaiano, cette remarque imparable :
« Celui qui vit à notre époque échappe rarement aux névroses. Pour vivre bien, mieux vaut ne pas être excessivement contemporain. »

Illustration : Les Fables de La Fontaine par Vimar.

Prochain billet le 1er mai.

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Patrick Corneau