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La vexation par les machines

La vexation par les machines
Contribution à une heuristique de la déception

 

The horror! The horror!
J. Conrad, Au cœur des ténèbres.

 

La biologie récente nous a accoutumés à l’idée que la bonne santé physique de l’individu n’est rien d’autre que la réussite de son système immunitaire. De ce point de vue, la vie apparaît comme le miracle qui permet aux organismes de se préserver efficacement d’environnements destructeurs. On est tenté, en utilisant l’approche systémique, de comprendre le principe de l’immunité non plus seulement au sens biochimique, mais aussi dans son acception mentale et psychodynamique. Sous cet angle, l’une des manifestations primaires de la vitalité chez l’être humain est d’être capable d’avoir une préférence spontanée et énergique pour son propre mode de vie, pour ses propres valeurs, ses convictions et les récits qui lui permettent de comprendre le monde. Bref, ce que certains psychologues désignent sous le terme de « congruence ». Celle-ci est plus forte chez les narcissismes puissants, signe d’une intégration affective et cognitive réussie de l’individu en lui-même, dans son collectif moral, politique ou religieux et dans sa culture. Le narcissisme intact chez les individus, comme chez les groupes, serait l’expression d’un succès vital qui a jusqu’ici permis à ses acteurs d’évoluer dans un continuum d’assertivité et de préférences pour soi-même. Lorsque le bouclier narcissique est intact, l’individu vit alors dans la conviction que le fait d’être soi-même est un avantage décisif. Il peut en permanence célébrer son adéquation à lui-même. La forme habituelle de cette célébration est la fierté. Lorsqu’on éprouve de la fierté envers soi-même ou envers son groupe d’appartenance, on produit de manière endogène une sorte de vitamine mentale, une défense psychique, qui protège l’organisme contre les informations déstabilisantes ou destructrices. A de telles informations nocives, qui percent le bouclier narcissique d’un organisme psychique, on donne dans la langue courante le nom de vexation. Lorsque sa fierté est blessée, l’individu fait l’expérience qu’une information, initialement impossible à repousser, l’a envahi et lui fait éprouver le sentiment d’avoir perdu son intégrité. La vexation est la douleur causée par le fait d’être pénétré par quelque chose momentanément ou durablement plus puissant que l’équilibre narcissique. Si l’on conçoit le narcissisme primaire comme le fantasme d’intégrité constitutif de la personne, le concept de vexation désigne une agression pathogène contre le sentiment que l’individu a de sa propre élévation. N’importe quelle blessure n’est pas nécessairement vexatoire ; seule l’est celle qui persuade l’organisme du désavantage qu’il a à être lui-même. Or, l’intelligence humaine paraît disposer de la faculté de dépasser ce type d’expérience malheureuse et de les incorporer dans des contextes d’intégration plus mûrs. Le modèle de cette dynamique de la maturation est donné au niveau somatique par ce qu’on appelle les « maladies infantiles ». C’est un cursus d’épreuves physiques typiques à travers lesquelles les systèmes immunitaires s’entraînent dans des environnements spécifiques à faire face à leurs envahisseurs variés – en règle générale, des bactéries et autres micro-organismes. Par un phénomène analogue, l’âme enfantine devra traverser, depuis le bac à sable jusqu’aux bancs de la faculté, une séquence de vexations bien dosées dont l’assimilation lui donnera la force de s’affirmer dans le commerce avec ses semblables et les étrangers. Le résultat tangible des ces vexations discrètes est, quand les choses se passent au mieux, une maturation du bouclier narcissique telle que les confrontations entre l’individu adulte et son entourage s’accomplissent normalement. L’individu mûr jouit alors de l’avantage d’être lui-même après avoir surmonté vaillamment les épisodes au cours desquels il a expérimenté de manière non traumatique l’inconvénient d’être soi-même. Comme disait Gœthe : ce sont les souffrances passées que j’aime.

En élargissant le concept de l’immunité, on trouve une toile de fond devant laquelle la fameuse légende de Sigmund Freud, celle des trois vexations infligées par la science à l’humanité, peut faire l’objet d’une nouvelle lecture.
On le sait, au cours des années du fondement de la psychanalyse, Freud se souciait de l’accueil réservé à sa doctrine par les spécialistes comme par le grand public. Cherchant une explication permettant de transformer les échecs prétendus dans le domaine des publications comme un argument en faveur de la véracité de sa théorie, Freud publia, en 1917, un petit essai intitulé Une difficulté de la psychanalyse (1) dans lequel il interprétait comme un phénomène de résistance narcissique aux découvertes vexatoires l’attitude de rejet qu’était sensée avoir adopté le public à l’égard de sa théorie de la libido comme source de névroses. Ce propos était plus qu’une arme conjoncturelle puisqu’il véhiculait une petite théorie ingénieuse dans laquelle on interprétait l’histoire des sciences modernes en général comme un processus de vexations progressives. On transposait ainsi dans l’histoire des Lumières le motif de l’inconvénient de l’analyse rationnelle pour la vie, tel que l’avait découvert Nietzsche qui s’en était pris à la science historique (2) dont l’excès stérilise et tue, nous embourbe dans une conscience de notre propre achèvement, nous englue dans le rôle de pur spectateur d’une vie qui serait toujours extérieure à nous. Avec un grand talent pour la simplification explicative, Freud inventait un modèle de désavantage de l’ego humain grandissant au fur et à mesure qu’avance le progrès – une sorte de théorie « comtienne » des Trois âges du progrès vexatoire.
Dans un premier temps, selon Freud, Copernic aurait porté un coup irrémédiable au narcissisme cosmologique de l’humanité lorsqu’il a apporté la preuve de l’image héliocentrique du monde, faisant sortir, la Terre, la patrie de l’homme, du centre ; ensuite, toujours selon Freud, Darwin avec sa théorie de la descendance a mis un terme à l’arrogance humaine face au règne animal en replaçant l’être humain dans la chaîne des espèces. Enfin, la psychanalyse a provoqué la troisième vexation, la plus sensible, en apportant la démonstration que nos pulsions sexuelles ne peuvent être complètement domptées et que les processus spirituels se déroulent, par nature, de manière inconsciente – ce qui a conduit à conclure que le moi n’était plus maître chez soi. Cette interprétation lancée par Freud fait preuve d’une certaine finesse, d’une part parce qu’il place le nom de Freud – sans que lui-même ne l’ait fait explicitement – dans la lignée des autorités que sont Copernic et Darwin, et d’autre part parce qu’il laisse deviner que le passage du cosmologique au psychologique en passant par le biologique, suppose un processus d’intériorisation croissant. Dans cette histoire, le concept de vexation prend une teinte cognitive de plus en plus intime. Il renvoie à un processus intellectuel dans lequel l’homme curieux et ouvert à la vérité, et justement lui, se révèle être celui qui récolte un désavantage croissant à être soi-même ; son instruction se fait à grands coups de projecteurs désillusionnants dont le prix est de sévères dommages à son bouclier immunitaire cognitif. C’est la raison pour laquelle l’entrée dans le cercle des instruits extra-lucides exige toujours un prix psychotraumatique. N’ont un accès spécial et quasi gratuit à cette instruction que ceux qui sont en mesure d’en rajouter sans que cette escalade dans le traumatisme ne perturbe leur propre système narcissique. Il y a d’ailleurs des gains évidents pour de tels candidats puisque les sacrifices psychiques, dès lors qu’ils ne concernent que le bouclier immunitaire cognitif, apparaissent comme de véritables soulagements dont le moindre n’est pas d’être libéré de la responsabilité « terroriste » du salut et de la vérité. Aussi ces nihilistes intelligents, jamais à cours d’un argument démobilisateur, évoluent-ils comme des poissons dans l’eau de la théorie sécularisante. Leurs formes sociales sont les milieux déconstructivistes.
Le prix de cette connaissance sur la situation et la fonction de l’homme dans le processus du monde – c’est ce que semble vouloir dire Freud, en se rattachant à Nietzsche – est son expulsion de tous des paradis narcissiques et illusoires. « Le monde – une porte donnant sur mille déserts, vide et froid… » Ou comme le dit de manière désabusée Cioran : « Nous n’avons le choix qu’entre des vérités irrespirables et des supercheries salutaires. » Étrangement, pareilles perspectives ne mènent pas Freud à la conclusion qu’il faudrait abandonner cette périlleuse entreprise. Il s’en tient à la conception modérément héroïque selon laquelle les hommes qui participent au processus de désenchantement du monde par la science doivent se monter à la hauteur de leur inéluctable dégrisement personnel. D’une volonté stoïque de lucidité, il tire le droit, et même le devoir de pratiquer un certain sadisme en matière de révélation ; il tire une ultime fierté à s’exposer plus tôt que d’autres aux vexations historiquement inévitables et à les transmettre à un public d’êtres restant à vexer. Celui qui anticipe les vexations et annonce le désenchantement public peut sortir en vainqueur relatif du processus global de dégrisement – en découvrant celui qu’il est, il tire tout de même l’avantage d’un « effet d’annonce » en précédant les autres et, surtout, le petit plaisir cruel de le leur dire en face. Dans une telle conception, les Lumières se révéleraient être un jeu méchant. Pourtant, dans la mesure où elles s’insèrent dans une histoire de la vexation, elles ne sont que la tentative d’inoculer le rétrovirus du savoir dans les systèmes immunitaires d’une humanité bien au chaud dans ses illusions afin de la déconstruire de l’intérieur. On peut donc dire : le déconstructeur est l’ami qui n’a pas sauvé mon illusion.
Si nous avons souligné plus haut le sadisme latent qui s’attache à la vexation inhérente aux publications scientifiques, précisons que cela ne peut être compris, excepté dans d’étroites limites, comme un argument visant la personne. La morale et le caractère d’individus comme Darwin et Freud jouent un rôle subalterne dans la compréhension du processus dans son ensemble. Les grands maîtres de la recherche vexatoire ou des découvertes qui ont déstabilisé le narcissisme ne sont globalement que des participants à un projet cognitif qui a fait époque, les dépasse donc, et se poursuit avec la force de l’inéluctable. On peut le voir avant tout dans le fait que le processus décrit par Freud (et dans un sens qui lui était favorable) ne s’arrête en aucune manière à la seule révélation psychanalytique.

On a de bonnes raisons d’estimer que les vexations scientifiques du narcissisme anthropologique jusqu’à Freud, n’ont été, au bout du compte que de nature rhétorique, et que l’apogée, la phase « dure » de l’histoire du dégrisement, ne débute qu’après la troisième vexation, la freudienne. De fait, aujourd’hui, face aux représentants de la recherche fondamentale « pure », les psychologues d’obédience freudienne constituent une sorte d’église des belles âmes parfaitement inoffensive. Un bref regard rétrospectif sur l’histoire des sciences des cinquante dernières années, nous montre un torrent où les vagues de vexations déferlent en accélération constante, et dont l’énergie a arraché les derniers restes du narcissisme codé sous forme religieuse ou métaphysique de l’ancien humain.
Si l’on reprend le décompte, la quatrième vexation est à mettre au compte de l’éthologie humaine, c’est-à-dire de cette science qui tente d’inscrire non seulement le physique de l’être humain, mais au-delà son comportement dans la continuité de l’histoire de l’espèce et des évolutions du règne animal.
On peut discerner une cinquième vexation dans la théorie de la connaissance inspirée par l’évolutionnisme. Elle va jusqu’au cœur du narcissisme rationaliste qui, depuis peu, est acculé à reconnaître que l’appareil de connaissance humain suffit tant bien que mal à faire apparaître la niche cognitive habitée par l’Homo sapiens, à savoir le monde mésocosmique des apparences ; en revanche, dans les espaces monstrueux des réalités micro- et macrocosmiques, c’est le pur somnambulisme ! A notre échelle, l’homme reste certes un animal logique d’exception, mais il n’est qu’une taupe qui avance en forant un univers cognitif ridiculement étroit. Cette vexation épistémologique touche les couches les plus profondes de notre optimisme scientiste, et porte un coup mortel à la confiance intellectuelle primitive dans la force d’adéquation ontologique de nos outils de connaissance.
Immédiatement après, nous devons nous préparer à faire face à l’attaque de la sixième vexation, celle qui découle d’une discipline contestée (cela est d’ailleurs un symptôme éclairant) : la sociobiologie ; elle réduit en miette – du moins si l’on en croit l’idée qu’elle se fait d’elle-même – l’idée flatteuse que l’homme se fait de lui-même en pensant qu’il pourrait fonder sa conduite sur des motifs holistes, altruistes et désintéressés. A la base de tout comportement, la sociobiologie découvre un égoïsme des gènes totalement indifférent aux intérêts du genre comme de l’espèce. Au centre du théâtre du monde, on ne trouverait par conséquent ni individus, ni espèces ; les uns comme les autres ne seraient que les masques d’une puissance centrale infrahumaine que l’on pourrait appeler « la volonté de puissance du gène ». On annonce ainsi, du point de vue de la philosophie morale, un « millénaire des loups » où l’égoïsme, qui, dans toutes les civilisations évoluées a été combattu comme la quintessence du mal, recevrait d’un seul coup une caution scientifique – les gènes seraient, pour ainsi dire, des dieux sans égards auxquels il reviendrait de ne reculer devant rien (3).
Au septième rang de cette énumération vient la vexation par l’ordinateur. Elle a essentiellement deux visages ; le premier est anthropologique et considère l’homme comme un double machinal auquel l’ordinateur fait honte en le singeant et en l’asservissant progressivement à ses routines (4) ; et l’autre relevant de l’histoire des médias : l’être humain tel qu’on l’a connu est dégradé au rang d’animal culturel parlant, écrivant et consommateur d’images et lui impose de prendre conscience de la position dégradée et périmée qu’il occupe dans le nouvel horizon des médias du divertissement désinhibant que sont le cinéma et la télévision. Ces industries de la distraction (et leur myriade de sous-produits marchandisés fondés majoritairement sur des jeux sanglants ou débilitant) font déferler sur les masses une vague sans précédent de pulsions bestialisantes et déshumanisantes (5).
On ne ferme ici que la liste des vexations déjà consommées, car il est clair que l’échelle des désaveux infligés au narcissisme anthropologique est largement ouverte vers le haut. D’autres invités d’une étrangeté inquiétante s’annoncent aujourd’hui qui promettent de jeter hors de chez lui leur hôte, l’être humain, une bonne fois pour toutes.
La vexation écologique d’une part, qui se propose de prouver, qu’à long terme, les hommes ayant développé des cultures sur une bande de terre située autour de la planète entre le 35ème et le 50ème degré de latitude (la fameuse fortune belt) ne font qu’interpréter de travers et détruire les systèmes complexes qui les hébergent, ne pouvant ni les comprendre, ni les épargner ; et, d’autre part, une vexation biotechnologique qui découlera de l’alliance entre la génétique, la bionique et la biochimie et qui, à court terme, conduira à modifier en profondeur le substrat naturel du comportement humain. Une réforme génétique des propriétés de l’espèce fera que ce que l’ancien humanisme considérait comme les manifestations les plus intimes de l’existence humaine (la créativité, la procréation, les passions et le libre arbitre) disparaîtront dans un marais de technologies réflexives et de jeux de pouvoirs. Comme l’affirme Francis Fukuyama, les interactions entre les révolutions des technologies de l’information et des anthropotechnologies créeront les conditions d’une histoire « post-humaine » : « Le caractère ouvert des sciences contemporaines de la nature nous permet de supputer que, d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que des spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. A ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. » (6) Cette sortie de l’ère humaine, phase finale d’une longue anthropodicée qui débute avec l’histoire des religions, se poursuit avec l’humanisme gréco-romain puis moderne, se termine avec les constructivismes sociaux du siècle dernier et l’effondrement des « sociétés d’ordre ». Nous sommes replacés, de fait, au cœur de la thématique des innombrables fictions ayant imaginé la création d’êtres synthétiques dont la tradition a été inaugurée en 1818 par Mary Shelley avec Frankenstein jusqu’au Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, publié en 1932, en passant par L’Eve future en 1880 de Villiers de l’Isle Adam ou l’Ile du docteur Moreau de H. G. Wells en 1896. En ce début de millénaire c’est la modification de la représentation que l’homme se fait de lui-même qui devient le signe patent de cette sortie. En effet, nous assistons depuis quelques années à un affaiblissement de la métaphore de l’intériorité pour penser l’individu et à son remplacement par la métaphore du « programme ». Sherry Turkle (7) a observé que la vision freudienne traditionnelle de l’inconscient qui était devenue une figure populaire de l’intériorité devient, dans l’univers nord-américain, caduque. Elle se voit remplacée par des métaphores informationnelles issues de la cybernétique où s’est trouvée conceptualisée l’idée d’un sujet « décorporalisé » et « désindividualisé » en simple support d’information, autrement dit comme être communicationnel. Selon cette logique, le sujet n’existe plus que sous la forme d’une « différence » informationnelle au sein du processus totalisant de la communication sociale. Source d’une véritable révolution épistémologique, le paradigme cybernétique qui s’était imposé dans la seconde moitié du XXème siècle avec les concepts d’entropie, d’information et de rétroaction, comme le lieu de convergence de champs disciplinaires aussi divers que l’ingénierie informatique, la neurobiologie, la psychologie cognitive, la génétique, influence aujourd’hui clairement le nouveau culte de la communication sans corps et sans intériorité porté par l’expansion d’Internet. A travers la célébration du virtuel se fait jour le désir de détacher la conscience du corps et, en même temps, de la « transférer » vers des robots plus intelligents ou de la fondre dans la transcendance collective d’une « noosphère » d’inspiration teilhardienne. Loin d’apparaître comme la source et l’aboutissement de la raison, l’homme est alors perçu comme le dépositaire d’une intelligence complexe ne lui appartenant plus en propre puisque des « machines intelligentes » peuvent virtuellement le dépasser ou le remplacer. Après la mort du sujet, la question de la mort de l’homme est à l’ordre du jour. Non seulement homo sapiens ne serait plus la figure centrale, la finalité même des sociétés humaines, mais sa disparition serait nécessaire pour qu’advienne une étape supérieure de l’évolution. Nombreuses sont aujourd’hui les communautés scientifiques qui voient dans l’homme actuel un être inadapté au regard de l’évolution et, en conséquence, une entité transformable, dépassable, un simple moment dans l’histoire du monde.
Nous ne saurions clore cette liste macabre sans mentionner une dernière vexation dont la portée n’est pas moindre dans la réévaluation de la place qu’occupe l’homme dans le cosmos. Elle n’est pas nouvelle puisque Epicure, Fontenelle ou Giordano Bruno l’avait esquissée en leurs temps : la présence d’une vie extraterrestre. La découverte en 1995 (8) des « exoplanètes » dans le nuage de 150 milliards de soleils qui compose notre galaxie (et sans doute bien au-delà) pose à l’humanité des questions qui relevaient jusqu’à maintenant de la science-fiction : comment réagirons-nous si demain nos machines détectent une intelligence extraterrestre et quel en sera l’impact sur l’ensemble de nos représentations anthropologiques, morales et religieuses ? Si avec la vexation copernicienne la Terre n’apparaissait plus comme une scène de grâce sur laquelle Dieu s’est révélé aux hommes, mais comme une dimension excentrique dans un système astrophysique, la vexation issue de la révélation d’intelligences extra-terrestres fait disparaître l’homme – et l’alliance qu’un Dieu de bonté aurait nouée avec lui – dans les abysses d’interrogations insondables. Bien sûr, aucun des actuels promoteurs de cette vexation à venir n’esquisse l’ombre d’une réponse, puisque cette question cosmo-métaphysique n’effleure pas même leur esprit.
Ainsi le présent est-il traversé par un violent complexe de vexation que l’on pourrait appeler cybernético-biotechnique. Bruce Mazlish (9), un historien et psychologue américain, a décrit cette histoire comme celle du remplacement successif de discontinuités métaphysiques par des continus postmétaphysiques. La barrière métaphysique entre le monde terrestre et l’espace céleste a été abolie par Galilée, montrant que, de part et d’autre de la Lune, les mêmes lois naturelles continuaient d’être en vigueur. Avec Darwin, c’est la différence métaphysique entre l’homme et l’animal qui a été relativisée et remplacée par un continu d’histoire naturelle les englobant tous deux. De son côté, Freud a transpercé les barrières métaphysiques séparant les processus conscients et rationnels des processus inconscients et irrationnels et fait apparaître, là aussi, un continu. Il n’y a plus que cette dernière différence métaphysiquement codée séparant l’organisme de la machine ou ce qui est né et ce qui est fabriqué qui résiste encore à l’irruption de la pensée du continu postmétaphysique. Ces deux thèses parallèles ont, en dépit de leur simplicité de paraboles, une certaine capacité à diagnostiquer l’époque. Si on leur associe les thèses du dernier Foucault sur les biopouvoirs modernes, on arrive à constituer un lieu depuis lequel les problèmes de la condition humaine dans l’espace anthropotechnique peuvent être discutés sans hystérie hypermoralisante.

Des développements qui précèdent on peut discerner au moins deux choses : d’une part reconnaître une méga-tendance impersonnelle qui, au-delà des questions de refus ou d’approbation, s’accomplit avec un caractère irrésistible, et que l’on aurait jadis qualifiée de fatidique. Dans cette tendance, le motif scientiste, sous la triple émergence du naturalisme, du mécanicisme et du constructivisme, s’impose durablement, et par bonds soudains, sur un courant constant. Cette liste fait par ailleurs apparaître clairement que chaque vague de vexation débouche sur une asymétrie nette entre l’actif et le passif. Nous entendons par là que l’entreprise de dévoilement débutée avec les Lumières suit un mouvement qui va de l’avant-garde vers l’arrière-garde. Il existe en effet, entre les émetteurs et les récepteurs de chaque vexation un différentiel décisif. Manifestement, comme nous l’avons déjà fait remarquer, le producteur de la vexation a le privilège de compenser le désavantage qu’il inflige à ses contemporains par la plus-value narcissique que lui assure cette annonce publique, si bien que le publiant se régénère ipso facto plus rapidement, tandis que tous les risques de déstabilisation se concentrent chez le consommateur de la vexation. Celui-ci, en effet, reste dans cette situation scandaleuse consistant à s’adapter passivement et comme simple patient au nouvel état des choses, sauf s’il découvre un procédé lui permettant de revendre à son tour cette pilule amère. Celui qui n’a pas l’opportunité de se présenter comme inventeur ou transmetteur d’une vexation a toutes les chances d’atterrir au pied de la pyramide où se bousculent la grande majorité des consommateurs finaux des informations qui détruisent leurs illusions narcissiques, seuls et abandonnés au désavantage rédhibitoire d’être eux-mêmes. La perception de ce désavantage s’exprime de manière typique dans la dépression (10). Celui qui ne fait que recevoir l’instruction déconstructiviste devient un pur patient. Ce phénomène engendre sur le plan collectif une déception de masse, un état du public massivement dépressif où ce dernier se regarde sous les traits d’une personnalité individuelle et collective dégradée, état qui le rend vulnérable à toutes les offres de manipulation mentale ou de dépendance psychologique ou psychique (11). Le processus global de la vexation a le caractère d’une chaîne épistolaire dans laquelle – comme dans toutes les entreprises de ce type – les récepteurs tardifs ne peuvent plus être que des perdants. Mais pour ceux qui deviennent à temps des retransmetteurs de vexations, l’entreprise révélante, du point de vue de l’économie du narcissisme, devient un jeu gagnant au cours duquel ils peuvent échanger la petite monnaie de l’illusion contemplative contre du pouvoir opérationnel bien tangible (12). Du point de vue psychodynamique, cet échange est la transaction primaire de toute entreprise de révélation de la vérité. Il explique pourquoi, une entreprise aussi précaire et risquée que le démantèlement progressif du narcissisme anthropologique, avec ses illusions naïves sur le centre et la souveraineté, est capable de recruter autant de desservants actifs.
A partir de là on peut émettre l’hypothèse psycho-historique selon laquelle toute histoire de la civilisation est l’histoire du reformatage des narcissismes, ou encore comme l’histoire de la vexation et de la régénération des systèmes immunitaires mentaux. Le concept de maladie infantile dont nous sommes partis aurait donc manifestement un sens dans l’histoire de l’esprit et de l’âme. La preuve en est que le marché moderne des publications de la déconstruction et de la vexation, qui connaît un succès impressionnant, serait tout simplement impossible s’il ne pouvait revendiquer en soi un modèle suggestif et efficace de maturation de la conscience. Il plaide en faveur d’une révélation d’un ordre plus élevé, assortie de la promesse que toute vexation n’est qu’une inoculation de vérité qui, après les réactions de crises primaires, mettra à notre disposition des forces immunitaires régénérées et des sentiments éclairés et mûris.
De ce point de vue, l’humanité constituerait une pyramide de vaccinations composée d’êtres entièrement vaccinés, à demi vaccinés et non vaccinés. Au sommet se situeraient, comme idéal type, ceux pour lesquels la transformation complète du narcissisme infantile et religieux primaire s’est accomplie dans le narcissisme adulte et technologique du « pouvoir faire » – disons la rencontre en une même personne du politicien machiavélique et du médecin chef bon vivant et agnostique. A la base, on trouverait des populations inertes qui continueraient à dépendre des immunisations précédant l’« Aufklärung » et la technique, pour autant qu’elles ne dégénèrent pas en prolétariats dépressifs prêts à toutes les servitudes volontaires pour préserver un infime et vital « sentiment de l’existence ». Au centre, sur une vaste échelle, évoluerait une bourgeoisie de fortune cognitive respectable, constituée de candidats au devenir-adulte qui, chacun à son niveau, travaillent à échanger l’immunité primaire garantie par des illusions en perte de vitesse au profit d’une immunité plus mûre et techniquement plus puissante. Ce processus d’ascension vers le plein jour d’un narcissisme renforcé est communément appelé « éducation » et ses succédanés (« formation permanente », « formation continue », etc.)
A partir d’une vision psycho-économique, les cultures élevées et les sociétés modernes apparaissent comme de gigantesques convertisseurs de narcissismes, qui octroient à leurs membres les avantages et les inconvénients de leur appartenance au groupe. Les forces de cohésion sociales agissant dans le système ne peuvent être compréhensibles que si l’on étudie la répartition de l’énergie narcissique dans la société civile, les partis politiques, les Eglises, les corporations, les nations. Les sociétés féodales, par exemple, régulent leurs narcissismes collectifs en représentant brillamment la majesté royale, et en admettant que les vassaux et leurs parents prennent leur part du rayonnement du souverain (13). De nombreuses institutions modernes fonctionnent elles aussi selon la règle qui assure la cohésion de leur membre par la répartition des privilèges narcissiques. On ne peut pas comprendre ce qu’est l’Ordre des médecins, ou la communauté universitaire et son système de recrutement ou de carrière si l’on ne sait pas ce qu’est une plastique corporative du narcissisme. Les Etats-nations modernes ne peuvent être compris que comme des plastiques politiques du narcissisme – ils fonctionnalisent la fanfaronnade et la mégalomanie (autres noms pour désigner les conquêtes coloniales, l’impérialisme culturel ou les luttes d’influence idéologique) pratiquée au moyen du sang, hier, de l’économie de marché alliée à l’hyperindustrialisation de la culture (14), aujourd’hui. De la même manière, on ne peut d’un point de vue systémique appréhender les Eglises et les groupes religieux qu’en distinguant en eux des plastiques de participation et d’illusion qui approvisionnent leurs membres en satisfactions affectives et en forces immunitaires mentales. Tous ces collectifs qui se comportent comme des bulles psycho-affectives chaleureuses exigent de leurs membres un prix pour leur appartenance. Tant qu’ils obtiennent leurs succès de groupe en maintenant et renforçant le lien social interne, ils se dédommagent en accordant à leurs membres des accès privilégiés aux convictions et aux moyens de pouvoir permettant à ceux-ci de vivre, avec une visibilité sociale et un confort égoïque suffisants, l’avantage d’être soi-même.

La remise en question de l’existence et de ses fictions n’est pas le seul effet de la démarche scientifique, la déréliction issue du sentiment d’un écart au monde s’est, depuis les fureurs de Job, exprimée dans une longue tradition de contempteurs. Nous voudrions, en dernier lieu, réfléchir sur le cas du plus radical d’entre eux : Cioran.
Paradoxalement, le privilège qu’il y a à décevoir ses contemporains peut être rédimé, comme on l’a vu, par l’obtention d’une maturité narcissique renforcée qui nous hisse momentanément au faîte de la pyramide sociale. Pour quelques êtres exceptionnels particulièrement aguerris, cela peut aller jusqu’à l’obtention d’un gain de notoriété qui conduit à voir son nom inscrit dans une histoire des idées ou une biographie des grands auteurs. A ce niveau, le prestige se mesure au nombre des imitateurs qui se font passer pour de fidèles commentateurs ou prétendent avoir pour vocation d’aggraver les blessures du devancier en désespérance. Ainsi, les grands maîtres de la dissidence modernes, Heidegger, Sartre, Adorno, Derrida peuvent-ils calculer leurs succès aux légions de leurs imitateurs. Car la distance au monde du théoricien critique, de l’anarchiste esthétique ou du déconstructiviste post-moderne repose toujours sur un « fonds » dont les différentes écoles affirment, non sans raison, qu’il serait enseignable méthodiquement, dans la mesure où son point de vue pourrait être mis en fiche, consolidé, copié et simulé. Cioran est peut-être le seul écrivain philosophe de ce siècle qui ait consacré toute sa passion intellectuelle à rendre sa dissidence rigoureusement inimitable. Plus fier, plus démoniaque, et sans doute plus désespéré que les auteurs cités ci-dessus, il a précisément reconnu son succès dans le fait de décourager des imitateurs potentiels au moment où ils s’apprêtaient à en faire la tentative. Conscient du fait que toute imitation débouche immanquablement sur une parodie, il savait que celui qui prend plus au sérieux ses idées que leur succès, les protège définitivement des parodies qui leur valent la postérité.
Avec Cioran la question est donc de savoir comment l’on parvient à passer d’une négativité imitable qui peut faire école sous forme d’engagement révolutionnaire, de critique radicale, d’anarchisme esthétique ou de subversion déconstructiviste, à une négativité inimitable, parfaitement idiosyncrasique et brillant pourtant dans l’universel.
Le principe d’Archimède de Cioran, celui à partir duquel il fait basculer la vision normale du monde et sa superstructure philosophique et éthique, c’est la découverte du privilège du sommeil, dont profitent tous les autres esprits, notamment ceux qui se considèrent comme des esprits implacablement critiques. La lucidité sans égale dont il fait preuve dans le désenchantement de toutes les constructions positives et utopiques a sa source dans l’insomnie. Il a dit et répété combien, tout au long de son existence, elle fut le foyer « psychogénique » où s’alimentait son écriture. L’insomnie n’est pas chez lui un habitus du sujet qui s’accorde une vacance provisoire de sa propre vie en faveur d’une attention pure. Pour l’insomniaque s’affirme, sans qu’il l’ait expressément cherchée, l’évidence selon laquelle tous les actes de la vie naïve comme ceux de la vie critique sont des bénéfices du privilège du sommeil qui permet à ceux qui en jouissent de revenir sans cesse dans l’illusion minimale de la vie. Par de discrètes fins du monde (15), le sommeil exauce le vœu que formule l’homme fatigué d’être déchargé du souci de soi, mais aussi, et surtout, d’être dégagé de cette mission historique, de cette responsabilité « terroriste » du salut et de la vérité qu’exploitent la science et la religion. Le sommeil est ainsi la petite monnaie de la rédemption du mal : son intervention répond positivement à la prière naturelle de la fatigue d’être soi. L’a priori de l’insomnie chez Cioran ouvre en revanche la possibilité que ne soit pas entendue la demande du sujet qui aimerait voir temporairement levée le poids du monde sur la vie. Il est, dans ce sens, la méditation du monstrueux dans la vie de l’homme devant être subie sous la forme d’un éveil constant. Pareille existence est une torture qui s’apparente à l’image du bourreau kafkaïen qui ne décline pas son identité et ne pose pas ses questions avec précision. On peut dire que Cioran pense à partir d’une crucifixion ontologique permanente qui ne parvient jamais au point où la victime pourrait considérer l’avoir enfin consommée et en être quitte. Parce que l’insomnie n’est pas une œuvre, ni de rédemption, ni de connaissance, on ne peut jamais dire qu’elle est accomplie. L’insomniaque n’est pas cloué à la croix de la réalité – ce serait trop doux ! – mais enfermé dans les limbes sans consistances d’un semi-réel. Il découvre que le gélatineux est plus inexorable que la dureté, car si celle-ci vous brise et vous apporte la fin, celui-là vous disloque et vous maintient en réserve pour des souffrances toujours renouvelées. L’insomnie, c’est la déconstruction sans déconstructiviste.
Alors comment compenser l’effet paralysant de cette spirale sans fin en une composition active ? Cioran l’a dit lui-même : en renversant une malédiction en une distinction (16), en faisant d’une exténuation une élection, et en tirant de cet éveil forcé une intense exigence de vengeance. Chez Cioran, la conscience révoltée, se consacre à transmuer le poison de l’être qui l’habite en forces immunitaires vengeresses. Il se fait l’instrument d’une fureur transcendante, l’agent d’un scepticisme offensif inaccessible à toute tranquillisation par l’illusion vitale. C’est un Job furieux qui affiche ses défaillances comme des arguments frappants contre un créateur sadique. Du fond de son humiliation, il découvre qu’il existe une magnanimité de la vengeance, rivale de la pensée qui approuve tout. Son œuvre est une vengeance sans vengeur, un règlement de comptes dans lequel personne n’est lésé. C’est la raison pour laquelle ses textes ont des effets thérapeutiques. Ils sont autant de contrepoisons dont les « éveillés », ceux qui savent, et ceux qui en ont besoin pourront faire l’usage qui leur paraît le plus sage. Mais les imitateurs ou les petits maîtres de la déconstruction ne trouveront pas dans la pharmacie de Cioran ce qu’y cherche le prurit de leur orgueil.

P. Corneau


1. Freud, S. « Une difficulté de la psychanalyse », Revue Française de Psychanalyse, 1981, vol. 45, n° 6.
2. Cf. Deuxième considération intempestive, 1874.
3. La sociobiologie vient radicaliser une conception de la vie déjà présente dans la vision grandiose et tragique de Schopenhauer où l’individu est sacrifié à l’espèce, l’amour n’étant que « la volonté de vivre » par laquelle l’espèce se prolonge en chaque individu.
4. Rappelons que dans les années soixante et soixante-dix, José Delgado, l’un des plus chauds partisans du contrôle de l’esprit en vue d’arriver à une « société psycho-civilisée », affirmait que la question philosophique centrale n’était plus « Qu’est-ce que l’homme ? », mais « Quel genre d’homme devons-nous fabriquer ? »
5. Par exemple le jeu de loterie « Rapido » et ses terminaux électroniques que la Française des Jeux vient d’installer dans les bars-tabacs où l’on vend désormais du leurre en masse…
6. F. Fukuyama dans un point de vue intitulé « La fin de l’Histoire, dix ans après », Le Monde, 17 juin 1999.
7. Sherry Turkle, Life on the Screen, Identity in the Age of the Internet, Simon & Schuster, 1995.
8. La première « exoplanète » orbitant autour de l’étoile 51 Pégase de notre galaxie a été repérée en 1995 par deux astronomes genevois à l’observatoire de Haute Provence. Soixante de ces nouveaux mondes ont été recensés depuis et l’on estime leur nombre entre 5 à 50 milliards.
9. Bruce Mazlish, The Fourth Discontinuity: The Co-Evolution of Humans and machines, Yale University Press, 1995.
10. On a pu parler ainsi de « génération Prozac ».
11. Voir à ce sujet Duclos D., « De la manipulation mentale à la secte globale », Le Monde diplomatique, août 2000.
12. Ce qui permet à certains d’obtenir des prébendes sur les scènes médiatiques ou de confortables sinécures dans le milieu universitaire.
13. Une belle démonstration du fonctionnement de la cour sous Louis XIV a été donnée dans Ridicule (1998) le film de Patrice Lecomte.
14. Phénomène dont les effets ont été analysés par Horkheimer et Adorno dans La dialectique de la raison, (Gallimard, Paris, 1983) sous le nom de Kulturindustrie. Bernard Stiegler a remarquablement analysé combien la numérisation a bouleversé les industries culturelles devenues de véritables machines à capter les consciences pour faire adopter des modes de vie et programmer la modification massive des comportements, Cf. « L’hyperindustrialisation de la culture et le temps des attrape-nigauds. Manifeste pour une ‘écologie de l’esprit’ », Art Press, Hors-série novembre 1999, ainsi que « ‘Rapido’, l’assommoir contemporain », Le Monde diplomatique, août 2000.
15. On peut ici rappeler la phrase énigmatique de René Char : « Si l’homme, de temps en temps, ne fermait pas souverainement les yeux, il n’aurait bientôt plus rien qui mérite d’être contemplé. »
16. On peut rapprocher Cioran de Pascal l’un des premiers à avoir posé un lien profond entre la dignité et la faiblesse de l’être humain : l’homme est in extremis une blessure, mais une blessure qui se connaît elle-même. En cela se manifeste un concept de la dignité humaine située au-delà du narcissisme réussi dans ses cycles de vexation et de réparation.

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Patrick Corneau