Qui dans les expositions en cours n’a pas été indisposé par ces agglomérats de visiteurs « scotchés » devant des panneaux pédago-informatifs censés TOUT nous dire pour mieux nous faire accéder au saint des saints de l’Art? Comme s’il fallait une solide rasade d’explications pour « comprendre », alors qu’il suffit de voir et de goûter… Il est désolant de constater que la plupart de ces visiteurs, absorbés par leur lecture (ou concentrés dans l’écoute de leur audio-guide) regardent à peine les œuvres, appliqués à sauter docilement de panneau en panneau, de commentaire en commentaire. Obligeant le flux des authentiques « regardeurs » à des contournements, trépignements épuisants. « Liseurs » incapables (ou sournoisement convaincu de l’être) de se passer de ces béquilles grâce auxquelles un commissaire (bien nommé) leur assène du haut de son expertise les arcanes de l’œuvre. Certains, ceux qui ont de l’expérience et une certaine humilité face aux œuvres, le font avec talent, mais d’autres – les plus jeunes souvent, nous plombent et nous assomment avec un laborieux didactisme (quand ce n’est pas un penchant à l’obscurité amphigourique presque pervers, et même un peu terroriste…). L’expérience visuelle, au fond, est loin de nous atteindre: nous préférons la repousser aux frontières d’un monde écrit, mentalisé, balisé, pour la perdre de vue (sans jeu de mots) définitivement.
Je milite donc pour l’abolition du TEXTE dans les expositions, l’éradication de toute prose et rêve d’une censure ad hoc, d’une autorité « textoclaste » et « logophobique » qui veillerait à ne nous laisser en ces lieux qu’avec des sollicitations rétiniennes, seuls avec nos cinq sens et libres devant et avec les œuvres dans la souveraineté de leur présence, disponibles, attentifs à leur bruissant silence…

Illustration: origine inconnue

    1. Merci pour ce renvoi que je partage bien évidemment. Et si le public des musées plutôt que « de suivre les flèches » moutonnièrement, suivait son goût, son appétence, sa fantaisie? S’en suivrait sans doute un grand désordre…

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Patrick Corneau