martin_buber_61.1290083194.jpghmorganlettrine2.1290083250.jpgPour rendre compte de la maladie dont souffre la civilisation, Martin Buber (1878-1965) se sert d’une vieille image juive, qui illustre la transformation monstrueuse d’un être artificiel crée par les êtres humains en puissance incontrôlée et maléfique: le Golem. Depuis un siècle environ, écrit–il en 1938, dans l’essai « Was ist der Mensch? » (“Qu’est–ce que l’être humain?”)* l’humanité s’enfonce dans une crise de plus en plus grave, qui résulte de son incapacité à maîtriser le monde qu’elle a elle–même institué. Ce monde est devenu plus puissant qu’elle, il s’est libéré de son emprise, il la confronte comme une force indépendante, et elle « […] ne connaît pas le mot qui pourrait domestiquer et rendre inoffensif le Golem qu’elle a créé. Cet échec s’est manifesté à l’époque moderne dans trois domaines essentiels. Le premier est celui de la technique: les machines ne sont plus des extensions du bras humain, ce sont les humains qui en deviennent l’extension, la périphérie; elles ne sont plus au service du travail humain, mais au contraire c’est celui–ci qui se met à leur service. Le deuxième est la sphère économique: la production et l’utilisation des biens ont échappé à tout contrôle rationnel. Le troisième est l’univers politique: là aussi, comme l’a montré de façon brutale la Première Grande Guerre, l’être humain est confronté au fait qu’il a enfanté des démons qu’il ne peut plus contrôler. »

*Martin Buber, Between Man and Man, Kegan Paul, London 1947.

Illustration: Getty collection.

  1. gu seok pil says:

    Pas d’accord, à travers les machines, ce n’est que l’homme qui asservit encore l’homme, la machine n’est qu’un outil, et ne pourra jamais être plus.

    Et puis les développements de la technique nous ont entraîné jusqu’à Internet qui me permet de lire l’extrait du texte dénonciateur que vous citez, il y a comme qui dirait un serpent qui se mord la queue !!

    Bien à vous

  2. Rodrigue says:

    Entièrement d’accord avec le commentaire de gu seok pil. Je pense que l’épisode du Veau d’Or, avant que Moïse redescende du Mont Sinaï et brise les tables de la Loi est beaucoup plus proche de ce que nous vivons. Si nous souhaitons absolument trouver des comparaisons dans cette magnifique fiction littéraire qu’est la Bible.

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Patrick Corneau