cancre10dn.1290069649.jpgferlimortar1.1290069722.jpgDans le dernier Dantzig*, je trouve ces gracieusetés à l’égard de l’Université que je laisse à votre appréciation:
« 
La thèse est faite pour ressembler au préjugé que l’Université réclame. Nous nous flattons d’avoir chassé les temps stupides où la Sorbonne pourchassait tout penseur qui ne respectait pas son interprétation d’Aristote, nous y sommes encore, autrement. L’Université française va de dogme en dogme, n’ayant pour constante que sa haine des écrivains, les excluant de ses travaux, ne parlant que d’elle-même et à elle-même, chafouine et savourant sa chafouinerie. Son comportement s’explique par la jalousie. Des professeurs qui ne savent pas travailler, ne rendent jamais un manuscrit à temps ni de la longueur promise (mais sachant faire travailler leurs étudiants, qu’ils volent), envient les écrivains qui, se tuant de travail, se donnent l’air de ne rien faire et sont loués dans les journaux. Les mites voudraient le destin des aigles. »
« (…) Je ne parle pas des universitaires français qui s’estiment propriétaires de la littérature et considèrent les écrivains comme des usurpateurs; et, dans des maisons bien grises, ils publient des livres bien plats, compilés par des étudiants en thèse dont ils ont bien sucé les recherches, ne s’intéressant qu’â leur clan, ne donnant de références que de ce clan, et si banals, si dépourvus d’idées et de talent, si accablants d’ennui dès la première ligne lue qu’ils n’ont jamais eu un lecteur spontané, ne se perpétuant que parce qu’ils inscrivent leurs propres livres dans la bibliographie de leur cours, obligeant des étudiants à les lire, qui les haïront donc à moins que, mites rêvant de succéder à des mites, ils ne deviennent les mêmes dès l’âge de vingt ans, sans plus de talent ni d’idées, mais avec le même sens tenace de l’apartheid et de la reproduction. Ces universitaires ne savent pas que l’apartheid éloigne, en effet, mais ceux qui l’organisent, ni que toute institution exclusive pourrit lentement. Et les écrivains s’en vont à la plage, sifflotant, suivis par les lecteurs, sous le regard haineux des mites, bouffies, expirant dans l’ombre. »(p. 222)

*Pourquoi lire?, Grasset, 2010.

Illustration: LePost.fr

  1. Rodrigue says:

    Et quand les aigles sont morts et empaillés les mites se mettent dedans! Mais n’est-ce pas sidérant cette totale dégringolade de l’ensemble des institutions vers le pire, comme si la société ne pouvait plus reconnaitre et promouvoir que le nul ou le médiocre! L’excellence ou simplement la qualité survivent cachées, dans les replis individuels de ce qui reste de vie privée, dans les marges tolérées ou ignorées du corps social!

  2. gmc says:

    ce que dit dantzig est assez juste sur le fond mais il semble le teinter d’un grand mépris et d’autres choses du même acabit; un poète peut écrire la même chose que lui, mais concernant les écrivains en lieu et place des universitaires; histoire d’en rire ou d’en sourire, un petit souvenir de 2006, adressé à jm maulpoix (curieusement, il n’a pas répondu^^):

    LETTRE A L’UNIVERSITAIRE

    Salut à toi, ami halluciné et malheureux ! J’ai lu ton testament pseudo-poétique, enfin le prologue à ce que tu as intitulé pompeusement – c’est le propre de ta caste de faire dans le pompeux – « adieux au poème ». Laisse-moi te dire qu’avec un tel titre et un tel prologue, on peut sérieusement douter que le napalm vivifiant de la poésie coule dans tes veines sclérosées par l’ennui. Ces adieux sont les tiens et ne représentent que l’étendue de ton renoncement devant ce palais des merveilles qu’est la Vie, ils représentent ton incompréhension et ta peur devant les mille et une nuits du Néant, ils représentent la sécheresse de ton cœur et le cloisonnement carcéral de ta pensée. Jamais ne mourra la poésie : quelle que soit la forme qu’il emprunte, l’oxygène bouillant ne s’arrête jamais de produire des sottises enluminées, des bouses resplendissantes, des colombins transgéniques à destination des autistes, des aveugles, des sourds ou des égarés comme toi. Peut-être le poète devrait-il fournir en sus du semtex ou des missiles cœur-oreille pour les engourdis de l’écoute ? Peut-être devrait-il plastiquer les devantures de vanité intellectuelle que tes semblables étalent devant les yeux des pèquenots, histoire de valoriser leurs ego insipides et ténébreux ? Peut-être devrait-il collaborer à vos adorations de stèles funéraires, dévotions faites uniquement pour parader devant des audiences de moutons béats dans des cercles hautement consanguins ?
    Regarde-moi, l’ami, je suis la beauté de l’outrage en décomposition, je ruisselle mes morsures carnivores sur les plastrons artificiels de vos scléroses, je dépose mes entrailles psychophages au cœur de vos neurones, cascade immobile de rires carnassiers qui nécrosent les murs fangeux des labyrinthes, appelle-moi défoliant, je ne suis le tueur que de tes projections infantiles, appelle-moi fossoyeur, je ne détruis et n’enterre que les idées fictives dont tu te gargarises à longueur de temps, appelle-moi gaz toxique, je pollue toutes les atmosphères enchaînées par l’avidité , rappelle-toi les effets de l’arc d’Apollon si tu prétends savoir ce qu’est la poésie, beau prince !

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Patrick Corneau