charles_rawson_relaxinglge.1281264368.jpg« Non, je te connais, ton idéal c’est un transat délavé dans un jardin touffu de la campagne française. Si tu peux avoir la mer pas loin, tant mieux. Sinon, tu t’en accommoderas. Pas d’autres maisons dans les environs. Pas d’Internet. Des livres. L’odeur de l’herbe coupée, des abricots et du chè­vrefeuille, de l’encaustique et aussi de la poussière. Des bouteilles de bourgueil qui attendent sagement sur les tommettes de la salle plongée dans la pénombre fraîche. Et près du fameux transat – celui qui te servira à observer la fin du monde -, sur une tablette en rotin, il y a un carnet où tu grif­fonnes des poèmes, un vieux polar des années 50, par exemple La Pêche aux avaros de Goodis, un verre de rouge dont tu fais jouer le cristal avec un rayon de soleil qui passe à travers les feuillages argentés par un vent léger. Ah  ça, le bruit du vent dans les arbres, c’est tout ce qui t’importe. Et puis tes lunettes noires, évidemment. Et j’allais oublier: ton portable, dont tu as laissé la batterie s’épuiser et dont tu as opportuné­ment oublié la recharge. Une morale d’injoignable, voilà ce que tu prônes. Ton héros, c’est l’abonné absent. Et ça, dans une époque où tout le monde veut être connecté avec tout le monde, tout le temps. C’est complètement réactionnaire! »
Physiologie des lunettes noires
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Jérôme Leroy, Fayard/Mille et une nuits (2010)

hmorganlunettes.1281266798.jpgUn idéal qui n’est pas loin du mien (une variante où l’on templacerait le verre de rouge par une caïpirinha, le vieux polar par un Vialatte, le carnet par un moleskine pour mes pattes de mouches, les lunettes noires par un iPod bourré de jazz dont la batterie se décharge lentement, lentement…)

Illustration: Charles Rawson (1840-1928), Frontispiece of 1877 diary, « Charles Rawson relaxing on the verandah of The Hollow ».

  1. Well says:

    Même à l’ombre, l’idée hâle.

    Caïpirinha. Bourgueil. Jazz. Calme.
    Le tout gelé, chambré, feutré et salvateur.
    Enfin !

    Et il ouvrirait quand ce vrai bistro ?

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Patrick Corneau