11055_228324208078_708768078_4336247_4350000_n.1270376282.jpgPeu de choses meurent aussi vite que les idées, et peu de cadavres inspirent une telle indifférence (…)

L’humanité est d’une étonnante indifférence envers tout ce qui ne menace pas son existence mais se contente de la salir ou de la dégrader.

L’homme satisfait est médiocre, quand sa satisfaction provient d’actes ou d’objets éphémères, quand il se contente de tout ce qui passe et meurt, de tout ce qui n’aspire pas à ne pas passer, à ne pas mourir. (…)

L’enthousiasme débordant du public pour un film idiot suffit à guérir n’importe qui de ses utopies réformistes.

Toute sagesse consiste à repenser avec sincérité, fraîcheur et profondeur, les lieux communs.

La dignité et l’amour sont inversement proportionnels.

Peut-être qu’après tout, la meilleure justification des aristocraties est notre évident besoin de spécialistes de l’art de vivre.

L’humanité va de la médiocrité à l’horreur et de l’horreur à la médiocrité.

La critique qui s’occupe de petits détails est la seule vraie critique. Lorsqu’elle traite des livres globalement et parle des auteurs en bloc, ce n’est qu’une rhétorique inefficace.

L’adolescence obtient sans avoir désiré, la jeunesse désire et obtient, la vieillesse commence par désirer sans obtenir et finit par désirer désirer.

Le récit intelligent de la défaite est la subtile victoire du vaincu.

Toute ville est une hypothèse que l’intelligence déploie autour d’une rue.

L’effet immédiat et spontané de la prière est la conscience de notre insignifiance. Cela suffit à la rendre précieuse.

Il n’y a pas de plus grande noblesse que de se refuser à ce que le cœur désire et que la raison repousse.

Ceux qui croient trouver des arguments contre le catholicisme, et contre la religion en général, dans tous ces récits de vies de saints, évidemment malades et proches de certaines formes lugubres de démence, méconnaissent que rien ne justifie mieux la religion que ce singulier pouvoir de faire fructifier ces existences misérables, au lieu de les livrer à la triste stérilité d’un traitement scientifique dans une clinique aseptisée.

En s’écroulant, une aristocratie explose en mille individus vigoureux qu’elle jette avec force dans l’histoire. Une démocratie, en disparaissant, se dégonfle comme un ballon de baudruche.

Comme les dents de lait, il y a les idées de lait. A quel âge commençons-nous à les perdre ?

Nous passons notre vie à frapper toujours à la même porte fermée.

 (…) du point de vue de l’animalité, l’esprit n’est qu’une maladie héréditaire.

« Les idées sont la seule chose au monde que seul puisse posséder celui qui en est digne.

La véritable critique littéraire ne consiste pas en un discours, mais en un adjectif opportun.

Dans le brouhaha de la fête, celui qui se respecte se tait.

Une doctrine sévère et une pratique aimable, voilà non la formule de l’hypocrisie, mais le secret de toute civilisation ancienne, riche, mûre.

La méditation est notre prise de possession du monde. »
Quelques extraits des Notas (1954) de Nicolas Gomez Davila en traduction française par Philippe Billé (reprises de Etudes, revue obscurantiste, N°2&3, La Croix-Comtesse, juin 2004&février 2005 / à consulter du même les Studia daviliana).

ferli3.1270376187.jpgDans l’avant-propos qu’il donna à la publication de Nuevos Escolios (publié en français en 2005 sous le titre Le Réactionnaire authentique aux Editions Du Rocher*), Alavaro Mutis écrivait:
« La publication des Scolies de Nicolas Gomez Davila incite à réfléchir sur un fait insolite. Je me réfère, avant tout, à la création et à la publication d’une œuvre majeure de la pensée occidentale dans notre modeste république, où le plus minutieux des obser­vateurs chercherait en vain la moindre incursion dans cette vaste et majestueuse orbite.dsc_00080.1270385513.jpg
Cette œuvre superbe, qui propose à la fois une fer­tile théorie de l’histoire et une inattaquable doctrine politique, une méditation essentielle sur la poésie et une étude non moins définitive de la pensée méta­physique et théologique… se penche aussi sur l’hu­manité stupide et fruste parmi laquelle nous nous démenons la plupart du temps.
Si insolite et ambitieux que nous apparaisse cet ouvrage, il concerne également nos petites affaires de tous les jours. Que les lecteurs y soient attentifs, et ils en retireront le plus grand profit spirituel. »

*Bizarrement, il n’y a plus une trace de Davila sur le site des éditions Du Rocher…

Un bel article de Stalker sur ce moraliste colombien.

Illustration: photographie de Nicolas Gomez Davila

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  1. Rodrigue says:

    Très intéressant ce N. Gomez Davila. Mais je vois dans l’opposition exprimée de « l’amour » et de « la dignité » une caractérisque très ibérique … et très catholique ! Si aimer c’est vouloir le bonheur de l’Autre, comme je le pense, ce souhait, ce désir ne peut que renforcer la dignité de l’aimant et l’aimé. A moins que le terme « aimer » désigne, pour l’auteur, tout simplement le désir sexuel.

    Le meilleur commentaire à votre commentaire [merci :-)] sur amour et dignité, je le laisse à Cioran: « Il est des performances que l’on ne pardonne qu’à soi: si on se représentait les autres au plus fort d’un certain grognement, il serait impossible de leur tendre encore la main. » 😉

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Patrick Corneau