ceronettilorgnon.1210931325.jpgAlors qu’il se trouve à Paris en septembre 1986 où il est venu faire des recherches sur les abattoirs de La Villette, que des bombes explosent un peu partout*, Guido Ceronetti, le délicieux mélancolique à qui ce blog emprunte son titre, croise Cioran. Il note dans ses carnets**, d’une manière très cursive: « Je revois Cioran, fatigué, plus que jamais obsédé par l’invasion arabe et africaine. Longue promenade. » Quelques années plus tôt, en 1983, dans une Lettre à l’Editeur qui suivait la publication du premier texte de Ceronetti traduit en France***, Cioran présentait son ami Guido ainsi: « Je dois vous avouer que je l’ai seulement rencontré lors de ses passages à Paris. Mais j’ai été souvent en contact avec lui par téléphone et par lettres. (…) Si vous me demandiez quelles sont les épreuves qu’il a dû traverser, je ne serai pas en mesure de vous répondre. Tout ce que je peux vous dire, c’est que l’impression qu’il donne est de quelqu’un de blessé, à l’égal, suis-je tenté d’ajouter, de tous ceux à qui fut refusé le don de l’illusion. Ne redouter pas de le rencontrer: de tous les êtres, les moins insupportables sont ceux qui haïssent les hommes. Il ne faut jamais fuir un misanthrope. »

*Bureau de la Poste de l’Hôtel de Ville, Pub Renault avenue des Champs-Élysées, Préfecture de Paris, Tati rue de Rennes: 12 morts, plus d’une centaine de blessés.
**La Patience du brûlé, Carnets de voyages, 1983-1987, Albin Michel, 1995.
***Le Silence du corps, Albin Michel, 1984 (suivi de Une poignée d’apparences, 1988, Le Lorgnon mélancolique, 1990, Ce n’est pas l’homme qui boit le thé mais le thé qui boit l’homme, 1991, Un voyage en Italie, 1996).

Illustration: Guido Ceronetti avec ses marionnettes, photographie de Giosetta Fioroni.

  1. « Tout ce que je peux vous dire, c’est que l’impression qu’il donne est de quelqu’un de blessé, à l’égal, suis-je tenté d’ajouter, de tous ceux à qui fut refusé le don de l’illusion. »

    j’aime ces propos. Parce que la lucidité, quoiqu’on en dise, si elle est parfois donnée comme qualité blesse bien souvent l’âme.

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Patrick Corneau