– Que faire?
– Il faut prier avec les poings.
Daniel Boulanger

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« Ah! L’homme qui prie n’est pas nécessairement meilleur que l’homme qui ne prie pas! Mais il a de quoi s’épancher, il a dans son corps une bouche de plus, et ce n’est pas peu de chose, car moins nous avons d’ouvertures et plus nous retenons de gaz gros de crimes. En multipliant les privations d’épanchement-prière par toute notre humanité contemporaine douée de longévité (un bloc de quelques milliards d’emprisonnés), si toute cette chair qui pense mal ne prie pas (et place sa louange et sa foi dans des gouvernements, des machines, des poisons, des idoles de toute espèce: consommations, chirurgies, temps de loisirs), il y a vraiment de quoi être terrifiés: car nous avons là une sphère fermée, énorme, sans ouvertures sur l’idéal – dépôt plus dangereux que toutes les armes chimiques et nucléaires – dont le bouillonnement insensé et privé de toute fin noble devra nécessairement exploser dans une détonation audible jusque sur Vénus et sur Mars, où nous avons lancé quelques stupides sondes calculantes, afin de mesurer de profundis notre éloignement des sources de la vie. La sphère des pseudo-vivants a les yeux tournés vers son propre intérieur, les mains cousues dans le ventre, sa tête énorme enfoncée dans le consilium impiorum d’un égotisme inexorable, un monstre ultra-anthropophage, minotaure de minotaures; et être nés, venir au monde avec l’ouverture congénitale de la prière, c’est comme posséder un visa de sortie d’une durée illimitée de ce labyrinthe de damnation. »
Guido Ceronetti, « Mort de la prière (Réflexions sur l’olivier dépouillé) », Le Lorgnon mélancolique, Albin Michel, 1990.

Illustration: « L’homme en prière », Chaïm Soutine, 1921.

  1. Formidable! En lisant ce texte je me sens en harmonie profonde avec ce qui est exprimé là… et je me sens en communion spirituelle avec vous…Je reviendrai vous lire plus souvent.
    Amitiés,
    Juliette

    Je joins mes mains… 🙂

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Patrick Corneau