Quand accepterons-nous de reconnaître que la plupart de nos actes sont en grande partie déterminés par la peur de la solitude?
Si c’était pour cela que nous renonçons à toutes les choses que nous regretterons à la fin de notre vie? Et que, pour cette raison, nous disons si rarement ce que nous pensons? Pourquoi tenons-nous à ces mariages branlants, à ces amitiés de façade, à ces réunions de famille ennuyeuses, à ces abaissements pour monter dans la carrière? Qu’est-ce qui arriverait si nous renoncions à tout cela? Si nous mettions un terme à ce chantage insidieux et décidions de nous assumer? Si nous laissions jaillir comme une fontaine tous nos désirs piétinés et la fureur que nous cause leur bâillonnement?
Cette solitude si redoutée, en quoi consiste-t-elle véritablement? Dans le silence plombé des reproches qui nous sont désormais épargnés? Dans la nécessité abolie de marcher à pas feutrés, en retenant notre souffle, sur le champ de mine des menteries conjugales et des demi vérités amicales? Déplorerons-nous la liberté de nous asseoir, à table, en face de personne? L’abondance de temps qui s’ouvre quand cesse le feu roulant des obligations sociales et leurs simagrées? N’est-ce pas une merveille? Un état paradisiaque? Pourquoi en avoir peur? Est-ce la tache aveugle de notre désidérabilité sociale? Est-ce une peur qui n’existe que parce que nous négligeons obstinément d’en faire l’objet de notre attention? Une peur qui nous a été inculquée par des parents conformistes, des professeurs falots, des prêtres à la tête vide?
Et si les autres se mettaient à nous envier parce qu’ils voient à quel point notre liberté est devenue vaste et notre vie bonne? Est-ce
qu’ils ne rechercheraient pas à nouveau notre compagnie?

Illustrations: « Solitude », photographie de Guido Fulgenzi.

  1. MBBS says:

    Est-ce la peur de la solitude ou la peur de sombrer dans l’égoïsme qui fait que parfois nous ne disons pas tout ce que nous aimerions dire ou faire? Et le confort de ce genre de vie, y avez-vous pensé car il est parfois plus facile de laisser aller que de réagir et nous sommes parfois tout simplement…lâches? Et si nous aimions vraiment les autres au point de les faire passer avant nous?
    Pouvoir jeter à tous vents tous les carcans est un luxe que tout le monde ne peut s’offrir, ce n’est parfois pas qu’une question d’envie mais aussi une question de survie.

  2. Anioshka says:

    De passage …
    Je repense à une réplique d’un film qui sans être absolument exacte (le film était anglais) dit en substance: « nous sommes qui nous aimons et non pas qui nous aime ».
    Cela donne une vie à notre solitude, vous ne trouvez pas? Du coup, plus « besoin  » / « envie » du regard des autres pour être. Nos propres désirs prennent le dessus et non pas notre envie d’être reconnu. Lorsque j’ai entendu ça j’ai eu l’impression d’avoir enfin compris quelque chose.

  3. Votre remarque est très juste, avoir compris cela nous affranchit du social et des forces obscures qui nous gouvernent (et relèvent souvent des contrôles que l’espèce – via l’éducation – a placés en nous). 🙂

  4. juliette says:

    Je viens sur votre blog par le biais de Totem qui vous a choisi dans sa blogosphère et cette note tout particulièrement me parle…Roméo et moi nous avons bâti notre couple à la recherche de cette sagesse là…ce n’est pas facile mais ça paye!
    amitiés,
    Juliette

    Merci! Revenez, vous serez les bienvenus. 🙂

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Patrick Corneau